L’Exposition ENTRE-VUES mêle l’ambigu, l’équivoque et le furtif. Nous nous retrouvons à la frontière du réel et de l’imaginaire.
Une parenthèse pendant laquelle nous portons plusieurs regards sur les oeuvres avec une réflexion intime et profonde sur le temps, l’humain, la nature, …
3 artistes avec 3 univers exposent sur cette thématique de la frontière.
ROBERT CAHEN
Artiste-vidéaste et figure majeure dans le domaine de la création vidéo et instruments électroniques. Posez-vous, devant ces écrans, et contemplez…observez…faites lien…faites le vide…ressentez…croisez réel et imaginaire…
CEDRIC JACQUILLARD
Artiste-peintre offrant, à travers ses oeuvres, aventures visuelles insolites et inédites. Une envie de décrypter … d’observer formes, lignes et détails … de puiser dans vos références artistiques, historiques, sociétales et personnelles.
RARES-VICTOR
Artiste-plasticien d’origine roumaine dévoilant le corps, l’intime et la nature. De la nature poétisée, des éléments cachés, des bouts dévoilés, des histoires devinées, des choses ressenties, …
« L’Eau qui tombe » – Robert Cahen – Installation vidéo
« Pneuma » – Rarès-Victor – Acrylique sur grande toile
« The Soothsayer (Le Devin) » – Cédric Jacquillard – Huile sur toile
« Oasis » – Cédric Jacquillard – Huile sur toile
« Installation Platonique II » – Rarès-Victor
« Jaluzia » – Rarès-Victor – Acylique sur toile
« Sounder » – Cédric Jacquillard – Huile sur toile
« Sounder », « Tape » et « Aqua » – Cédric Jacquillard – Huile sur toile
« Aqua » et « L’Annonciation » – Cédric Jacquillard – Huile sur toile
Allez jetez un oeil à cette exposition proposée par La Lune en Parachute !
Exposition jusqu’au 13 juillet 2023
Ouverture du mercredi au vendredi de 13h à 18h et le week-end de 14h à 18h.
Entrée gratuite.
Vincent Ganaye est artiste depuis toujours. Enfant, il peint déjà et, à 10 ans, il découvre la photo et ne s’est jamais arrêté depuis.
La nature, thème omniprésent
Sur cette exposition, il aborde surtout la montagne. Installé près de Saint-Dié-des-Vosges, il passe une grande partie de son temps sur les sommets et crêtes vosgiennes. Il s’inspire également de ses voyages en France et à l’étranger.
Ses œuvres sont un amalgame de toutes les impressions et émotions qu’il ramène de ses balades, ses randonnées et ses excursions. Les peintures, exposées au Département, reflètent l’imaginaire, la photographie, quant à elle, donne une prise dans le réel.
« Par-delà la ligne bleue »
Avec ce titre, Vincent Ganaye met l’accent sur le ressenti, le vécu et les émotions.
« C’est une façon de poursuivre un peu le voyage et le chemin, à travers la peinture, en donnant un peu plus de liberté et d’imaginaire. Cela ouvre la porte à beaucoup de choses tout en gardant le pied dans le réel, car la montagne est tout de même décrite et fantasmée. Elle peut être très présente dans mon esprit mais peut également être complètement recomposée et imaginée. »
Le processus de création, une forme de voyage
« Lorsque je commence une œuvre en atelier, je n’ai pas de fil directeur. Je commence sur une page blanche ; je trace parfois des traits et je ne sais pas où je vais. C’est au fur et à mesure que cela se tisse. Tout se met en place progressivement. Ça m’arrive de faire des petits croquis au préalable, mais globalement c’est dans le vif. C’est un peu comme une improvisation en musique, une partition qui se compose. On déroule son imagination et cela se construit. »
Les Vosges, une terre d’art
« C’est un territoire propice aux artistes. Aujourd’hui il y a une grande dynamique artistique et il y a beaucoup plus d’artistes qu’avant. »
Les Vosges et ses montagnes sont une source d’inspiration dans son art. Cela fait partie de son patrimoine artistique.
Zoom sur une œuvre de l’exposition
Ce dessin est assez représentatif de son travail, avec une perspective de montagnes, un parcours avec un chemin et un premier plan avec des rochers . Il reflète l’idée de voyage et de déplacement.
« C’est ma façon de pratiquer la montagne. Des rochers sont placés sur le chemin, comme des obstacles, pour montrer qu’on est dans une zone de nature. C’est un chemin pour le marcheur, pour la solitude et pour la découverte. Ce n’est pas lié à l’exploitation de la nature, tel qu’on peut la voir aujourd’hui, et du tourisme de masse. Cela n’a pas été tracé pour l’Homme. C’est important que la montagne garde son caractère sacré et qu’on puisse y trouver des refuges. »
Des conseils pour la génération d’artistes en devenir
« Il faut être fidèle à soi, à son âme, à sa pensée. Il ne faut pas chercher à copier, à imiter les autres. Il faut trouver sa voie, son style, sa signature, son orientation. Il faut se méfier des modes, des tendances et de tout ce qui pourrait polluer la création. Il faut que le message soit fort et ne pas se laisser submerger par tout ce qui se passe autour de vous. »
DÉCOUVREZ SES ŒUVRES SANS PLUS ATTENDRE !
Jusqu’au 8 septembre 2023
Entrée libre
de 9h à 16h30 du lundi au vendredi
Conseil départemental des Vosges | 8 rue de la Préfecture à Epinal
Défo, tu te définis souvent comme étant un artiste « par instinct », qu’est-ce que cela veut dire pour toi ?
C’est une formule que je trouve amusante, je dis ça parce que c’est ce que je suis. Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours dessiné, je suis en quelque sorte né comme ça.
Je n’attends pas que l’inspiration vienne. Il me suffit d’un support et ça vient naturellement, je me lance instinctivement dans la création. Je me laisse guider par le moment en essayant toujours de nouvelles choses.
Tu as la volonté de laisser le public « communiquer » avec tes œuvres, tu n’aimes pas détailler l’histoire que raconte ta peinture, pourquoi ?
Je préfère l’idée que le public communique avec mon art et pas avec ma personne. Je lui offre un moment, une idée, une image sur une toile, et je choisis de lui en laisser la libre interprétation sans en influencer la lecture avec une idée qui m’est propre. Je suis peu bavard, je préfère parler aux gens à travers mes œuvres et laisser ma main transmettre les messages.
Quelque part, le public crée la toile avec moi et m’accompagne grâce à son regard porté sur l’œuvre. Il trouve par lui-même les réponses et, peut-être, ressentira par exemple un problème de société ou un vécu personnel. Et moi je deviens, en quelque sorte, un artiste invisible.
On sent à travers tes peintures une réelle identité, tu peux nous en parler ?
J’aime les couleurs et la recherche de nouvelles nuances, expérimenter avec elles. Les couleurs, c’est la belle vie. Le mouvement est aussi très important. J’aime faire voyager le regard sur la toile. Il m’arrive parfois de faire de l’action painting, cela permet justement d’apporter ce mouvement à la composition.
Je prends souvent du recul une fois une toile finie, et lorsque quelque chose manque, j’anime la toile à l’aide de coups de pinceaux afin que la composition vive. Cette spontanéité transforme parfois l’œuvre en quelque chose de totalement différent. Rien n’est figé ou prévisible. Tout dépend du ressenti à l’instant T.
Je peins tout le temps. Je n’attends jamais les projets pour travailler. Sur les 36 œuvres qui sont exposées ici, 31 ont été réalisées cet été.
Découvrez ses œuvres sans plus attendre !
Jusqu’au 28 décembre 2021
Entrée libre
Exposition ouverte de 9h à 16h30 du lundi au vendredi
Conseil départemental des Vosges
Pour plus d’informations sur l’exposition et l’artiste Defo : Facebook : @Defo Defo
Ghizlane a beaucoup expérimenté. Son travail artistique est fluctuant et évolue en continu. « J’ai l’envie de garder une réelle spontanéité et naïveté dans mon art. Ce sont des ambiances ; mes œuvres représentent un instant T ».
Un descriptif de son art ? Il n’en est pas question pour elle ! Elle essaie plutôt de s’écarter de l’analyse de son art et d’éviter d’y mettre des mots. Pour elle, l’art est bien plus complexe et appartient aux personnes qui le regarde.
Un parcours d’artiste sous le signe de l’humain
Ghizlane, curieuse de nature, se laisse porter par les gens passionnés qui l’entourent, véritables moteurs dans son cheminement d’artiste. Elle fonctionne à l’humain et se dit bien accompagnée pour se donner la motivation de tout tenter sans peur du ridicule.
La danse et le théâtre ou encore le clown lui ont aussi beaucoup apporté. Ses dessins, autre moyen d’expression artistique, ont été très certainement nourris par ces autres disciplines. Quand son père tombe malade, le dessin devient un refuge, un besoin compulsif. Ghizlane se met alors à dessiner tous les jours.
Le dessin aujourd’hui a pris une grande place dans sa vie d’artiste, grâce à toutes ses rencontres humaines et culturelles et ses expériences de vie.
Du petit au grand…
Ghizlane a travaillé sur petit format pour une question purement de contraintes logistiques. Le dessin sur papier petit format était simplement plus pratique.
Elle repasse au grand format lorsque son ami lui prête un espace. C’est alors que l’aventure de la Presque commence. « Je souhaitais expérimenter des choses pour voir ce que cela faisait de faire du très grand et approfondir le travail à l’encre de chine et la plume. Ça s’est construit petit à petit. »
Dans la pièce elle ne voyait que 2 mètres à la fois et a vite ressenti le besoin de dérouler entièrement l’œuvre pour la visionner avec du recul. Dans la rue en bas de l’immeuble, la Presque s’ouvre pour laisser place à des échanges riches avec les gens du voisinage. Elle attise la curiosité des passants et fait de belles rencontres improvisées avec des personnes dont elle ne connait pas le lien à l’art.
Et lorsque la Presque fut presque finie, elle eut l’envie de la dévoiler aux autres et de l’exposer à plusieurs endroits, dont certains encore tenus secret !
L’écriture accompagne sa plume…
Ghizlane aime les mots. Elle est fascinée par l’écriture comme graphisme et l’art de la calligraphie, mais également par le sens des mots et leurs différentes interprétations possibles.
Sans vouloir enfermer ses œuvres, afin que les gens s’approprient librement ses dessins, elle se laisse parfois inspirée par des mots. Parfois elle y pose un titre et parfois elle mêle mots aux dessins, comme sur la Presque.
Le processus de création de La Presque
Il a fallu 4 mois de création pour La Presque, entrecoupé de temps de vide qui ont permis à l’artiste de sortir de l’œuvre. Pour Ghizlane, elle ne sera « peut-être jamais finie et vivra le plus longtemps possible ».
Lors de sa création, des moments imprévus ont enrichi l’œuvre. La musique s’y est invitée sur une période lorsqu’une amie musicienne jouait de la guitare pendant qu’elle dessinait. Ghizlane répétait des gestes dans des moments très méditatifs.
« Puis, le doute débarque parfois, mais tant mieux ! » Des petits coups de pouce sont nécessaires avec la visite d’amis bienveillants, le professeur d’arts plastiques plein de bons conseils, …
L’exposition de la Presque
Ghizlane expose grâce aux propositions qui lui font sortir de sa zone de confort. C’est ainsi qu’elle se laisse porter par son ami Nico, patron du bar Le Phonographe à Epinal, qui lui propose un format expo-concert aux côtés d’un groupe de musique qu’elle ne connaît pas.
Lors d’une exposition précédente, Ghizlane décide de cacher des morceaux de la Presque pour garder le mystère sur l’œuvre le plus longtemps possible. Ce mystère, elle y tient beaucoup.
Depuis le début, Ghizlane opte pour une installation en extérieur, malgré les intempéries estivales. « Je la trouve bien dehors. Je laisse faire les choses. J’ai envie de continuer ma démarche, même dans la manière d’exposer et que mes choix ne soient pas de mon fait. Comme au théâtre, ‘c’est le plateau qui décide’ ».
Elle veut faire vivre La Presque aussi dans ses réparations. Tel l’art du Kintsugi, elle souhaite utiliser les parties abîmées ou déchirées. « Tous ces morceaux disparates forment quelque chose de beau ». Ghizlane fait le choix du lâcher-prise pour s’accepter dans sa pluralité et ses imperfections et pour accepter son art.
Les défis en tant qu’artiste-plasticienne vosgienne
Son plus grand défi : être présente là où on ne l’attend pas.
Pour Ghizlane, beaucoup de gens ne se sentent pas légitimes d’aller voir des œuvres d’art et pensent que l’art est réservé à un milieu privilégié. « L’art demande tout simplement de la curiosité. On est tous équipé d’un corps et d’émotions. L’art peut apporter beaucoup de choses à beaucoup de gens. Je préfère qu’on me dise on n’aime pas mon art, mais qu’on vienne le voir ».
L’actualité de Ghizlane
Cet été elle quitte les Vosges pour voir du pays et laisse place au vide et à l’improvisation. « C’est quelque chose qui me tient à cœur ». Elle ne sait pas où elle part, mais elle se laissera guider par les gens qu’elle rencontre et les lieux qui l’inspirent. Elle s’intéresse à l’incongru et au jamais tenté.
La Presque continuera son aventure lors de ce voyage. Elle n’en dira pas plus… à nous de la suivre sur ses réseaux !
Pour plus d’informations sur Ghizlane
Instagram : @ghizlane_hanas
Imaginée et réalisée par la Maison pour Tous en 2016, la Semaine des Arts devenue Quinzaine des Arts en 2019, propose un moment fort culturel et artistique permettant de créer du lien et de faire vivre une ruralité diverse et riche de ses talents.
La Quinzaine des Arts se tient en ce moment même et se poursuit jusqu’au 22 mars 2020.
Au programme de la Quinzaine : concerts, théâtre, cinéma, rencontres avec des artistes et des auteurs.
Culture C Nous était sur place le samedi 7 mars pour découvrir les auteurs et artistes qui exposaient leurs oeuvres au Gymnase de Darney. Il y en avait pour tous les goûts : sculpture, aquarelle, pastel, arts graphiques, photographie, troc de livres et débats.
Une après-midi de découverte pour toute la famille suivi d’un concert sous le signe de la bonne humeur.
RENCONTRE AVEC LES ARTISTES
PEINTURE
Syvlie Magnier, peintre sur toile fascinée par la féminité, thème central de ses oeuvres.
Gagnante du 2ème prix du public lors de la 10ème rencontre artistique Mirecurtienne en avril 2019.
Gisèle Seyller, peintre
Elle propose des cours de peinture aquarelle, pastel et huile à Damblain et environ
POTERIE
PEINTURE / LIVRE
Marie Nowakowski, auteure et peintre depuis plus de 25 ans, propose un univers coloré et plein d’imagination qui raconte une histoire.
Roger Poinsot, romancier – peintre
Médaille argent expo internationale Lyon 2017
PHOTOGRAPHIE
Les habitants de Darney et environ se sont prêtés au jeu avec des photo booths installés sur place. Et pour le plus grand plaisir des visiteurs, l’impression en direct des photos était proposée.
ARTS DECO
Elisabeth Marquaire, artiste
L’art de transformer l’ordinaire en extraordinaire.
Elisabeth crée des oeuvres pour la vente mais également dans le cadre d’animation d’ateliers au sein de différentes structures. Nous avons découvert sur place une valise animée sur le thème de l’Afrique créée avec des éléments de récup et de la nature. Elle a également crée par le passé un totem sur le thème de l’immigration.
SCULPTURE SUR PIERRE
CONCERT
NEW ORLEANS MUSIC SYSTEM
Vêtus de gilets de costume colorés, le New Orleans Music System nous ont offert un concert plein de vie comme se veut la tradition de la Nouvelle Orléans. Leur repertoire est celui de la musique New Orleans, mais pas que… On y entend aussi les standards de Jazz ou de Bossa Nova (Louis Armstrong, Duke Ellington, Antonios Carlos Jobim, etc…)
Les habitants de Darney et environ ont pu entendre des morceaux tels que Les Rues d’Antibes, Petite Fleur, Oh when the Saints, Sweet Georgia Brown, C’est si bon, …
Des musiciens qui ont su faire rire la foule et apporter bonne humeur tout au long de la soirée.
Pour plus d’informations sur la Quinzaine des Arts et la Maison pour Tous de Darney :
Afin de soutenir la création artistique sur le territoire des Vosges, le Conseil départemental des Vosges ouvre ses portes aux artistes locaux. Quatre artistes ont été sélectionnés par un jury parmi 14 candidats. Setou est la 1ère artiste qui exposera ses oeuvres durant 3 mois. Elle sera suivi par 3 autres artistes vosgiens courant 2020.
Pouvez-vous nous retracer un peu votre parcours d’artiste ?
J’ai eu envie de regarder là où on ne regarde pas.
J’ai fait une formation beaux-arts dans le Nord, plus précisément à Tourcoing, cependant ce n’est pas l’école qui rend artiste.
Mon parcours d’artiste se mélange à mon parcours d’existence. Mon art a grandi en Afrique de l’Ouest où j’ai vécu une dizaine d’années, plus précisément à Dakar au Sénégal. Cet éloignement de la France, cette immersion dans une culture nouvelle, m’a permis un cheminement vers la réappropriation de mes propres racines.
J’ai vécu une forme de métissage culturel, j’ai été saisie par la spiritualité et le côté mystique de l’Afrique noire. Ce vécu m’a permis d’opérer une forme de lâcher-prise par rapport aux contingences du quotidien occidental. Cela m’a aidé à m’assumer en tant qu’artiste, peintre et performeuse et à donner un sens à ma quête d’expression.
Avant le Sénégal, j’ai commencé mes 1ères expositions collectives à Paris. J’étais tellement timide, je me cachais souvent devant la presse. Pour la petite anecdote, un journaliste a pensé au début que j’étais un homme jeune, africain. Et ce même journaliste, étonné de rencontrer une jeune femme française, a pensé que j’avais vécu en Afrique. Lorsque je lui ai répondu que je n’y ai jamais mis les pieds, il m’a conseillé de m’y rendre.
Je suis donc partie une 1ère fois à Dakar où j’ai découvert le Village des Arts, un espace dédié à l’art contemporain où une cinquantaine d’artistes occupent leurs ateliers.
J’ai pu dans la foulée faire 2 résidences d’artistes dans ce lieu de création et par la suite j’ai décidé de fonder une association en France qui a permis à quelques jeunes artistes émergents sénégalais de réaliser des résidences d’artistes de 3 mois (2 mois de création, 1 mois d’exposition). A ce titre, j’ai été soutenue par le Conseil départemental des Vosges à l’occasion des 4 résidences qui ont eu lieu, ainsi que par le Ministère de la Culture du Sénégal.
Quels sont les artistes d’hier et d’aujourd’hui qui vous ont inspiré tout au long de votre parcours ?
Il y en a tellement.
Par exemple, Jean-Michel Basquiat, Francis Bacon, Marc Chagall, Henri Matisse, …
Et puis certains artistes conceptuels qui ont travaillé avec leurs corps.
Quel est le point de départ d’un tableau, la genèse d’une œuvre (une image, un rêve, un souvenir, une émotion, une souffrance, le hasard, un mélange de plusieurs choses, …) ?
Oui, c’est un mélange de tout ça…
Selon moi, l’artiste est une éponge. Sa vision se doit d’être en quelque sorte circulaire. En ce qui me concerne, je parle d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Je suis à la fois à l’intérieur et à l’extérieur. Il y a à la fois quelque chose d’organique, d’intellectuel et de spirituel.
Au final, il en résulte des histoires, des sortes de légendes contemporaines ; je tente de sortir de l’évidence tangible.
J’essaie de proposer une vision onirique d’un quotidien transgressé, dans cette démarche je souhaite rester figurative afin de demeurer accessible.
On respire la culture africaine dans vos peintures. Votre « tribu d’images » comme vous nommez vos œuvres, est-elle un cri d’amour pour l’Afrique qui vous manque ? Un reflet de son absence et un rappel que vous êtes toujours auprès d’elle ?
Non, pas forcément… Il y a une déchirure en moi entre deux mondes, à savoir l’Occident et l’Orient, et paradoxalement cette fracture devient un outil de création, où l’Afrique est bien sûr très présente et m’habite.
Il y a un rapport unique avec la couleur… Dans vous tableaux, on découvre des couleurs chatoyantes, à la limite de la saturation avec une intensité lumineuse et des couleurs pures. Pourquoi ce choix chromatique ?
Ce n’est pas un choix. Sur cette exposition je propose des œuvres issues de mes 3 dernières collections. La plus ancienne avec des couleurs quasi primaires, les peintures datant de 2018 avec beaucoup plus de couleurs et les plus récentes de 2019 beaucoup plus chargées avec des œuvres plus en texture et moins lisses.
Le rouge est une couleur souvent prédominante dans mes peintures, peut-être est-ce parce que c’est une couleur proche de la vie, la couleur du sang. D’ailleurs j’ai travaillé avant avec du sang de bœuf, mais cela est interdit aujourd’hui.
J’ai accepté la couleur… je suis allée vers les couleurs. Je les veux violentes, fortes, contrastées.
Le mouvement est là, présent. Nous spectateurs, on entre dans le mouvement, on suit les traits, les tracés du peintre, l’énergie du geste. Vous, l’artiste, tout votre être fond dans le décor, vos pensées circulent sur la toile. Puis ce mouvement constant entre Orient et Occident, cette déchirure sans cesse renouvelée. Comment crée-t-on ce mouvement… qu’est-ce qui se passe en vous ?
Je continue de décliner ma « tribu d’images », êtres réels et êtres inventés, ceux-ci s’imbriquent entre eux. Je leur donne une histoire, je raconte …
Et chaque personne regardant mes toiles pourra s’approprier un morceau d’histoire qui lui parlera d’avantage qu’un autre.
J’aime beaucoup travailler sur grand format qui nécessite une grande dépense d’énergie à la fois physique et mentale. C’est une sorte de combat avec la toile. D’où le fait que bien souvent j’ai voulu réaliser des performances où je mettais en scène mon propre corps comme ultime matériau de création.
On ressent beaucoup de dualités… ou finalement d’harmonies… entre 2 choses opposées. Intérieur et extérieur, songe et réalité, homme et femme, le mystique et le quotidien, vie urbaine et nature/animaux, liberté et cadre, souffrance et espoir, … Vous pouvez nous en dire plus ?
En fait, j’aime le concept d’une sphère mouvante et vibratoire à l’intérieur de laquelle nous gravitons tous, parfois en paradoxes parfois en harmonies.
Il n’y a pas de juste milieu, de juste équilibre. Juste une infinitude de centres qui se déplacent à l’infini.
Vous associez souvent mots et images. Pour vous, les mots sont une sorte de transcription de vos œuvres, un miroir ? Les mots sont au service de l’œuvre ?
Les mots viennent dans les moments de pause dans mon atelier et font partie intégrante de mon univers de création.
Je ne raconte pas mes peintures avec mes mots… ce n’est pas une retranscription, j’ai l’idée en écrivant de permettre aux gens de rentrer davantage dans mon processus de création. Et les mots sont des images aussi.
J’essaie de livrer une explication poétique de mon travail avec les mots.
TEASER DE L’EXPOSITION « LAISSEZ PARLER LES IMAGES »
Travaillez-vous avec des publics différents dans le cadre d’ateliers de pratique artistique ? Et qu’avez-vous envie de transmettre ?
Oui. J’ai réalisé des ateliers pour des adultes (néophytes et personnes ayant déjà une pratique artistique).
J’aime travailler avec des publics singuliers (les malades mentaux, les handicapés mentaux, les malentendants, … ).
J’ai notamment aimé réaliser une installation artistique avec des personnes du spectre autistique dans laquelle j’ai mis un parallèle entre l’enfermement mental de l’artiste en processus de création et l’enfermement mental des personnes handicapées. La communication entre le langage de l’artiste et le langage de ces personnes fût très fluide. Et de cette rencontre naissait une sorte de « porte de sortie ».
Il était très important d’être extrêmement naturelle pour ce type d’échange.
Quels sont vos futurs projets artistiques (d’autres expositions, des performances, de nouvelles créations) ?
Bien sûr, l’envie de créer est bien présente. Bien que je travaille 365 jours dans ma tête, j’ai besoin pour créer de ne pas être parasitée par le quotidien, de m’extraire d’une forme de réalité. Je travaille donc par sessions.
L’exposition « Laissez parler les images jusqu’au 7 février 2020, du lundi au vendredi de 9 h à 12 h et de 14 h à 16 h 30 en accès libre.
Pour plus d’informations sur l’exposition « Laissez parler les images » et l’artiste Setou :
Rencontre avec les membres de l’association Helicoop
Pourquoi avoir choisi ce lieu emblématique, la Grande Bibliothèque de l’Abbaye de Senones ?
C’est un réel projet de territoire. Les années impaires, nous proposons une exposition à l’Abbaye de Senones. C’est la 1ère fois que l’exposition se déroule dans la Grande Bibliothèque. Les créateurs rêvaient d’exposer leurs œuvres dans un lieu si lumineux, grand et magique. Nous avons pu le rendre possible. Notre objectif est de faire vivre ces abbayes à travers des projets culturels. (Les années paires, nous organisons « Le Sentiers des passeurs » entre Vosges et Alsace.)
Il y a à la fois une grande diversité de supports et de matériaux (allant de la peinture à la vidéo), une grande diversité d’artistes venant des 4 coins du monde, une grande diversité d’expressions artistiques et d’émotions transmises … mais en même temps, une harmonie à habiter ce même lieu et un réel fil conducteur… comment expliquez-vous cela ?
C’est une boîte dans une boîte en quelque sorte. Par le passé, La Grande Bibliothèque de l’Abbaye était habitée par les livres puis par les métiers à tisser. Aujourd’hui, le pari était de faire vivre ce lieu désaffecté et d’habiter cette « boîte ». Les artistes y ont exposé leurs œuvres en s’exprimant et en y emboîtant leur vision du thème de l’expo « habiter le monde ». C’est à la fois le lieu et le thème qui réunit et donne ce fil conducteur.
Amir Bey, « Medecine Wheels »
Julie Kieffer et Octave Rimbert-Rivière, « The Widow Maker »
Yeun-Kyung Kim, « Ne t’en fais pas, sois heureux »
C’est une exposition internationale avec certains artistes venant de loin (Corée du Sud, Chine, Etats-Unis, …). Pensez-vous que leur visite dans les Vosges puisse les inspirer en tant qu’artiste ?
Oui, très certainement. Il y a cette question de comment l’Homme habite son monde, qu’il soit habitant de la ville ou en pleine nature ou néo rural. La nature, très présente dans les Vosges, peut parfois être source d’inspiration et présente dans les œuvres. Pour cette exposition, il y a un rapport avec la nature très diversifié. Nous retrouvons la nature comme matériau au service de l’art … la nature meurtrie et violentée (ex : la sculpture intitulée « Le lion est mort ce soir » de l’artiste Vincent Campos) … ou la nature comme jardin d’Eden.
Mais les Vosges, ce n’est pas que la nature… il y a tant d’autres choses à représenter à travers l’art.
Marie-Christine Lee, « Plaidoyer graphique contre la déforestation sauvage dans le monde »
Vincent Campos, « Le lion est mort ce soir »
Florent Meyer, « La grande volière magique »
Est-ce important aussi pour vous de continuer à mettre en lumière les acteurs locaux ? Pourquoi ?
Nous avons quelques artistes vosgiens, mais l’appartenance territoriale n’est pas un critère prioritaire.
Par contre, l’association Helicoop a été créée par des artistes pour des artistes. Il y a donc déjà une racine Vosges et Grand Est. Une empreinte locale mélangée à une envie d’aller vers le monde extérieur.
Et puis nous retrouvons des artistes qui ont fait le choix de s’installer ici car c’est un territoire plus accessible avec la possibilité d’avoir un atelier d’artiste et de se loger à moindre coût. Ici, ils peuvent avoir l’espace pour travailler et une réelle qualité de vie. Pour un jeune artiste qui débute, par exemple, c’est l’idéal.
Pouvez-vous m’en dire plus sur votre exposition ?
Cette exposition se différencie des expositions de métiers d’art. Ici, c’est le propos… l’idée défendue.
C’est une proposition d’expo qui part d’une démarche très différente. On ne met pas en lumière un savoir-faire, mais plutôt un discours qui viendra servir un savoir-faire. Derrière il y a une réflexion, un réel engagement et parti pris de l’artiste. Le message artistique est le tronc principal.
Ça prend tout son sens dans un lieu tel que celui-ci étant donné que c’était une grande bibliothèque à l’époque.
Notre exposition réunit au total 29 artistes d’une grande diversité … lorsqu’on réunit leurs œuvres, nous avons une vision humaniste de l’ensemble. On obtient un discours polymorphe sur le thème « habiter le monde ».
Nous avons cette année 2 médiatrices stagiaires. Nous attachons beaucoup d’importance à la médiation. Certains visiteurs vont demander une explication précise de l’œuvre, d’autres vont préférer l’apprivoiser par eux-mêmes et le cartel leur suffira. C’est à nos médiatrices de s’adapter au public et trouver le juste milieu pour la lecture de l’œuvre.
Et puis la médiation nous permet également de questionner les visiteurs et de poser la question « d’où venez-vous ? ». Ce genre de données nous est utile pour mieux communiquer et cibler par la suite.
Abdelmalek Yahia, sans titre (réalisés in situ à la Grande Bibliothèque du 6 au 13 juillet)
Lisa Pélisson, « La Fête est-elle encore possible aujourd’hui ?… »
Amandine Turri-Hoelken, « Zone 54 »
Barbara Leboeuf, « A toi de voir… »
Jean-Louis Hess, « Daniel habite le monde »
Pour vous, quel est le plus gros challenge que rencontre ces artistes dans leur métier d’aujourd’hui ? Avez-vous des conseils pour eux ?
Quelques conseils en vrac …
Challenger les paradis
Anticiper les éventuels écueils
Rester dans le positif
Garder le désir de faire
Donner de la réflexion aux autres
Ne pas rester que dans sa discipline
Qu’on soit artiste en zone rurale ou au sein d’une grande ville, les enjeux sont les même… juste les paradigmes changent.
Un des plus gros challenges en tant qu’artiste est le regard de la société…
Comment nous les considérons et les accompagnons… leur statut précaire… le manque d’aides…
Et puis c’est difficile de faire comprendre qu’être artiste est un vrai métier et pas un simple hobby. Au regard de la société ce n’est pas un métier traductible en terme économique et d’hyper-rentabilité.
L’artiste représente la liberté, un esprit critique… c’est un peu une figure à « éliminer », nuisible au capitalisme. Cette idée porte préjudice au métier d’artiste.
C’est extrêmement difficile de commencer petit avec cette pression de la rentabilité. Et la question récurrente « mais est-ce que tu en vie ? » pèse lourd sur les épaules.
En tant qu’association, pour vous c’est important de continuer de représenter l’art contemporain en milieu rural ? Et quelle vision portez-vous sur l’avenir et la jeune génération d’artistes ?
Oui, très important. Nous pensons que notre travail est primordial pour continuer de mettre en lumière l’art dans cette région et au sein d’une population isolée de la culture.
Et malgré ce portrait sombre qu’on vient de présenter, le jeu en vaut la chandelle. Les artistes arrivent à vivre, avancer, briller. Il ne faut pas les sous-estimer. De belles choses se font et continueront de se faire.
Pour vous, c’est important la collaboration et l’échange entre artistes ?
De plus en plus de collectifs d’artistes se créent avec cette envie de faire des projets en commun. Cela leur donne plus de force et de poids.
La mise en réseau et la collaboration est très importante.
Arrivez-vous à sensibiliser le jeune public à cette exposition et à l’art en général ?
Nous avons créé un guide spécial pour les enfants qui a été adapté au fur et à mesure. C’est un guide ludique avec des jeux.
Nous avons pu constater que les visiteurs enfants étaient plutôt des -12 ans venus avec leurs parents plutôt que des adolescents.
La visite pour les enfants est très différente que celle pour les adultes. Les enfants ne vont pas voir les mêmes choses dans les œuvres, ils vont s’attarder sur des choses bien différentes.
Pour pousser encore plus loin la sensibilisation du jeune public, nous avons mis en place des stages et des ateliers de pratiques artistiques. Malheureusement, cela a été un réel échec pour nous. Il n’y a pas eu beaucoup d’inscrits.
C’étaient des ateliers menés entièrement par des bénévoles. Nous avions communiqué dessus dès le mois d’avril, en amont de l’expo.
Nous n’avons pas encore le recul nécessaire pour comprendre le manque de participation, mais nous savons qu’il y a des idées préconçues des parents sur ce type d’atelier d’été. Une représentation de quelque chose de trop académique, proche d’une activité scolaire et loin du ludique.
On nous avait proposé de faire venir les enfants des centres sociaux de Saint-Dié-des-Vosges, mais notre volonté est aussi de sensibiliser les enfants ici, en milieu rural. Ceux qui sont très isolés de la culture, loin de toutes ces pratiques. Comment chercher les enfants d’ici ?
Nous n’avons pas réussi à toucher le grand public pour inciter les parents à inscrire leurs enfants. C’est un échec, mais nous allons nous améliorer pour l’édition suivante.
Il faut de la médiation en permanence sur le terrain… et à nous d’imaginer les outils pour les faire venir.
Nous envisageons la professionnalisation de notre association avec le recrutement d’un(e) chargé(e) de mission et de médiation. Nous avons aussi l’arrivée d’un nouveau directeur artistique. Cela ne sera que bénéfique à nos actions culturelles et nos objectifs.
Pour plus d’informations sur l’association HELICOOP