Imaginée et réalisée par la Maison pour Tous en 2016, la Semaine des Arts devenue Quinzaine des Arts en 2019, propose un moment fort culturel et artistique permettant de créer du lien et de faire vivre une ruralité diverse et riche de ses talents.
La Quinzaine des Arts se tient en ce moment même et se poursuit jusqu’au 22 mars 2020.
Au programme de la Quinzaine : concerts, théâtre, cinéma, rencontres avec des artistes et des auteurs.
Culture C Nous était sur place le samedi 7 mars pour découvrir les auteurs et artistes qui exposaient leurs oeuvres au Gymnase de Darney. Il y en avait pour tous les goûts : sculpture, aquarelle, pastel, arts graphiques, photographie, troc de livres et débats.
Une après-midi de découverte pour toute la famille suivi d’un concert sous le signe de la bonne humeur.
RENCONTRE AVEC LES ARTISTES
PEINTURE
Syvlie Magnier, peintre sur toile fascinée par la féminité, thème central de ses oeuvres.
Gagnante du 2ème prix du public lors de la 10ème rencontre artistique Mirecurtienne en avril 2019.
Gisèle Seyller, peintre
Elle propose des cours de peinture aquarelle, pastel et huile à Damblain et environ
POTERIE
PEINTURE / LIVRE
Marie Nowakowski, auteure et peintre depuis plus de 25 ans, propose un univers coloré et plein d’imagination qui raconte une histoire.
Roger Poinsot, romancier – peintre
Médaille argent expo internationale Lyon 2017
PHOTOGRAPHIE
Les habitants de Darney et environ se sont prêtés au jeu avec des photo booths installés sur place. Et pour le plus grand plaisir des visiteurs, l’impression en direct des photos était proposée.
ARTS DECO
Elisabeth Marquaire, artiste
L’art de transformer l’ordinaire en extraordinaire.
Elisabeth crée des oeuvres pour la vente mais également dans le cadre d’animation d’ateliers au sein de différentes structures. Nous avons découvert sur place une valise animée sur le thème de l’Afrique créée avec des éléments de récup et de la nature. Elle a également crée par le passé un totem sur le thème de l’immigration.
SCULPTURE SUR PIERRE
CONCERT
NEW ORLEANS MUSIC SYSTEM
Vêtus de gilets de costume colorés, le New Orleans Music System nous ont offert un concert plein de vie comme se veut la tradition de la Nouvelle Orléans. Leur repertoire est celui de la musique New Orleans, mais pas que… On y entend aussi les standards de Jazz ou de Bossa Nova (Louis Armstrong, Duke Ellington, Antonios Carlos Jobim, etc…)
Les habitants de Darney et environ ont pu entendre des morceaux tels que Les Rues d’Antibes, Petite Fleur, Oh when the Saints, Sweet Georgia Brown, C’est si bon, …
Des musiciens qui ont su faire rire la foule et apporter bonne humeur tout au long de la soirée.
Pour plus d’informations sur la Quinzaine des Arts et la Maison pour Tous de Darney :
Rencontre avec la plasticienne-photographe Tiphaine Gondouin
Afin de soutenir la création artistique sur le territoire des Vosges, le Conseil départemental des Vosges ouvre ses portes aux artistes locaux. Quatre artistes ont été sélectionnés par un jury parmi 14 candidats. Tiphaine Gondouin est la 2ème artiste à exposer ses oeuvres. Elle sera suivi par 2 autres artistes vosgiens courant 2020.
Pouvez-vous nous retracer un peu votre parcours ?
Je pratique en labo la photographie depuis la 3ème au collège. Au lycée, pendant les semaines banalisées, j’ai effectué un stage d’entreprise auprès d’un photographe et j’ai continué d’y aller pendant les petites vacances. Après un bac ES, j’ai fait des études d’arts plastiques à l’Université de Strasbourg. J’y ai suivi en parallèle des cours de Lettres Moderne, de philosophie esthétique et de Cinéma.
J’ai énormément aimé étudier d’autres sujets que l’art : les questions sur la société et le monde qui nous entoure, l’économie, la littérature et les sciences, … Cela m’a beaucoup servi dans ma pratique.
J’ai eu parfois du mal avec l’enseignement traditionnelle des arts plastiques (dessin, croquis, peinture, sculpture) au début de ma formation. Par conséquent, j’ai souvent essayé d’imposer une réponse photographique à des sujets que l’on nous donnait, quand c’était possible.
J’ai obtenu une maîtrise en arts plastiques puis un DEA en arts visuels à l’Université de Strasbourg, puis j’ai soutenu ma thèse en 2012. Cela a cristallisé beaucoup de choses. C’est un moment hors du temps où l’on peut pousser la discussion très loin sans avoir peur de la critique ou du vide. Un moment rare, unique, déconnecté d’une certaine utilité et du quotidien, qui se focalise sur la beauté des idées et le processus de recherche qui nous laisse entrevoir cet espace de liberté. Sans doute mes meilleures années malgré certaines difficultés.
Je suis actuellement enseignante en arts plastiques et en arts appliqués à l’Ensemble scolaire
Notre-Dame/St Joseph à Epinal, ainsi que professeure en « Histoire de la photographie » et « Histoire de l’Art » à l’Ecole de Condé à Nancy. J’initie aussi les étudiants à la théorie photographique et les suit (avec d’autres intervenants) dans l’élaboration de leur mémoire de fin d’étude.
J’allie mon métier de professeure et la photographie car je souhaite garder la partie pratique tout en continuant d’être pédagogue. Je le conçois comme un tout. J’envisage cela comme un cercle : pratique, théorie, enseignement, communication. J’y trouve mon équilibre. Il m’est nécessaire de connaître la photographie actuelle, les photographes du moment, comment se vend une photo. Il faut être à la page.
Quels sont les artistes d’hier et d’aujourd’hui qui vous ont inspiré tout au long de votre parcours ?
Mes sources d’inspiration sont multiples et variées : la photographie bien sûr, mais aussi la littérature, le cinéma, et aussi des démarches singulières de plasticiens. Je retrouve mes propres interrogations dans des domaines à priori très éloignés, et j’y suis sensible dans ma propre réflexion en retour. Dès que l’on se centre sur le process et moins sur l’image ou le résultat, un médium que l’on travaille, cela me retient. C’est vrai que j’ai été plus inspirée par les anciens.
Pêle mêle, j’aime beaucoup le photographe néerlandais Jan Dibbets, Philippe Gronon et Michael Snow (photo + vidéo). Mais aussi Ugo Mulas, Chantal Akerman, Jorges Luis Borges, Franz Kafka, John Hilliard, Bernar Venet, Marcel Duchamp, Jean-Marc Bustamante… J’ai découvert le travail de Mustapha Azeroual.
Je me suis également penchée sur certains philosophes tel que Jean-Louis Déotte (concept d’appareil en philosophie esthétique) qui m’a inspiré dans mes recherches lors de ma thèse. C’est lui qui m’a offert les portes de sa collection « Esthétiques ». Bien sûr, je reste proche de W. Benjamin et la pensée de R. Passeron.
Et c’est quoi votre définition de la photographie ?
Pour moi, c’est le centre. Une possibilité de comprendre.
Votre photographie est comme une science, comme un laboratoire d’expériences où l’on teste et expérimente… Vous vous décrivez comme une artiste plasticienne faisant de la recherche ?
Le réel est une matière comme une autre. Une matière que je vais transformer en photographie, ou plus précisément, que je vais rendre photographique. Le réel est quelque chose de donné et qu’on doit faire apparaître selon une modalité, un programme, celui de la photographie. Puis nous jouons avec des éléments spécifiques (lumière, cadre) qui permettent au réel d’être là.
L’échec est nécessaire. Nous avons l’idée, le déclic, mais après nous sommes confrontés aux aléas liés à notre corps de plasticien et aux limites données par la matière par exemple. Il faut y être attentif et savoir les voir et s’en servir dans sa création. Cela peut même devenir un autre projet, car l’accident est source de création.
Je fonctionne toujours avec le même procédé. Je mets en place une idée, un protocole. Je crée des process qui réfléchissent sur ce que c’est de faire une photographie. Après, il se passe des choses lors de la pratique et j’accepte ce qu’il vient. Pour moi, la création se situe ailleurs, dans la procédure à l’oeuvre : ne « rien attendre » de l’image photographique à venir. J’aime donner à voir les conditions de possibilités de cet appareil photographique. Je me laisse agir par lui. C’est un travail de découverte et c’est cela qui le rend intéressant.
J’essaie d’inculquer cela à mes élèves. Si ce qu’ils produisent n’est pas ce qu’ils attendaient, ce n’est pas considéré comme un échec. Il y a autant de résultats possibles qu’il y a des personnes dans la classe.
Et pour vous, l’appareil photo fait partie intégrante du processus artistique. « Comment » photographier est une question tout aussi essentielle que « quoi » photographier ? Pouvezvous nous en dire plus ?
Une bonne photo c’est quand les deux se rejoignent. Le quoi sert le comment, le comment sert le quoi. Une prise de conscience que le réel est appareillé par la photographie.
Dans l’ère du numérique, vous prônez l’argentique. Quelle est la richesse et la valeur ajoutée de l’argentique ?
Pour moi le numérique crée une image spécifique qui reste de la photographie. C’est une image fluide directement partageable. Le mode d’apparition du réel n’est pas le même qu’avec l’argentique. L’argentique est lié à une matière, une matrice, une destination différente du numérique. Par exemple, on a du grain au lieu des pixels. On ne crée pas le même type d’image.
Le numérique, sa matérialité, c’est le code, le langage. Le résultat d’un programme qui doit nécessairement se réaliser. Comme le disait J. L Déotte : « une photo numérique n’est pas l’interprétation d’une esquisse (d’un projet), mais la concrétisation d’un code ».
Aujourd’hui on a fait un transfert du monde de l’argentique vers un monde du numérique. L’appareil numérique a synthétisé tous les autres. C’est d’ailleurs sa spécificité.
Personnellement je travaille plus avec de l’argentique, car j’aime faire apparaître le geste, la matière, quelque chose qui m’est extérieur et que je transforme. Mais je ne m’interdis pas de penser au numérique en travaillant sur le code comme matière.
Pour vous les textes sont aussi importants que les photographies ? Pourquoi ?
Le texte pour moi est très important. Il permet d’expliquer ma démarche pour certains. C’est
aussi un travail de texte, dans le cadre de ma recherche.
La transmission vous apporte autant que la pratique ?
J’aime communiquer sur mon travail. J’aime montrer que la photographie peut être multiple.
Je souhaite une réelle prise de conscience à ce sujet et sensibiliser les autres aux différents types de photos possibles. La photographie n’est pas forcément que de l’image mais aussi un acte, une représentation, une matérialité etc.
Quels sont vos futurs projets ?
J’aimerais monter des expositions dans des lieux près de chez moi. J’ai pour projet d’investir un lieu abandonné, inoccupé à Contrexéville.
J’ai également un projet de création de texte à partir d’une série de photographies. L’idée est de raconter la prise de vue sous forme d’histoire (auto-fiction) depuis le point de vue du photographe au moment de la création. Des textes plus fictionnels pour tenter de théoriser autrement la création.
29 demi-journées de création sur 4 ateliers de découverte de techniques variées : ateliers d’écriture, création instrumentale et sonore, atelier chorégraphique et arts plastiques, ateliers réalité virtuelle et sculpture 3 D, atelier vidéo
Plus de 100 participants de 7 à 92 ans
7 artistes/encadrants d’ateliers et 5 accompagnateurs sociaux
1 spectacle et 3 restitutions d’ateliers au bénéfice des visiteurs, résidents des EHPAD, enfants du centre de loisirs du territoire
5 structures participantes ou partenaires ressources locaux, issus des domaines de la culture, la santé et du social : Echanges et cultures, l’association Archipel, l’EHPAD de Foucharupt, Rodrigue Rouyer-cobelli/Why Tulip, la Ligue de l’Enseignement des Vosges
1 journée de découverte et d’expérimentation au Mudaac.
Des compétences transversales au service de l’accès à la culture pour tous
La Déodatie en 4D, promenade dans l’espace-temps est une action culturelle impulsée par le Conseil départemental des Vosges. Celle-ci résulte d’une collaboration entre la Direction de la Culture, du Sport et de la Jeunesse et le Pôle Départemental des Solidarités. Elle est le fruit d’un travail de mise en réseau des acteurs culturels et sociaux sur les territoires visant la mise en œuvre d’actions culturelles accessibles au plus grand nombre.
Cette initiative s’inscrit ainsi dans les enjeux défendus par le Plan Vosges ambitions 2021, à savoir :
Rendre la culture et le sport accessibles au plus grand nombre
Accompagner les acteurs locaux dans le développement d’une offre culturelle et sportive équilibrée
Faire sens avec le terrain
La Déodatie en 4D, promenade dans l’espace-temps valorise les circuits-courts de la culture et propose une lecture des ressources locales sur un mode artistique, solidaire et contemporain, mettant en valeur les connexions entre :
Les champs culturels et sociaux,
La solidarité et la pratique culturelle,
Le passé et le futur,
L’imagination et la technologie,
La mobilité et la mobilisation,
L’art et le territoire.
Cette action résulte de l’accompagnement par le service de l’Action culturelle et sportive territoriale et les MSVS 1 et 2 des artistes locaux, dans leur démarche de transmission, au bénéfice d’adultes, enfants, familles fréquentant des ressources telles que l’Archipel de Raon-l’Etape, Echanges et Cultures et ses jardins collectifs de Senones et Raon-l’Etape et l’EHPAD de Foucharupt de Saint-Dié-des-Vosges.
Il s’agit ainsi, en lien avec les partenaires locaux :
De créer des mécanismes d’implication des personnes dans les pratiques artistiques et culturelles,
D’éveiller leur curiosité dans la découverte de ces pratiques,
De leur permettre de développer leur esprit critique à travers le processus de création artistique, favorisant ainsi une autonomie sociale grâce à cette démarche participative,
De valoriser les forces vives locales liées à leur encadrement,
De les sensibiliser au spectacle vivant et à la visite de lieux culturels.
Témoignage de Carole, participante du projet et bénévole au sein de l’association Echanges et Cultures, lors de la conférence de presse du 10 janvier dernier :
Nous avons tous des histoires personnelles particulières qui nous projettent dans des sphères différentes où qui nous clouent sur place. Ces actions permettent à chacun de trouver sa place dans la société.
Je suis une accidentée de la vie ! Ça se voit, ça s’entend ! Mais sachez que ma force est incommensurable, Elle est en moi, Elle se forge grâce à toutes mes implications dans des actions comme celle-ci. Je n’ai connu rien de plus constructif que l’investissement personnel dans un projet commun. Ce projet a généré chez moi, un intérêt particulier pour la protection de la nature et du vivant. Il me permet de réfléchir à un horizon professionnel basé sur ce large champ. C’est une véritable Résilience. C’est une graine qui a été semée. Et elle va germer, Elle va prendre racine. JE vais la cultiver et l’aider à grandir avec un engrais naturel : ma volonté, l’envie et le mouvement.
Le programme
Des cycles d’ateliers ont ainsi été imaginés et travaillés de mai 2019 à janvier 2020 en lien avec les acteurs du territoire, dans l’idée d’assurer une sensibilisation culturelle autour d’ateliers, de rencontres et d’événements :
1) Infos du vrai, films flash à déguster
Création de films flash sur le thème des médias du futur : écriture du support narratif, décryptage du langage médiatique, découverte du jeu d’acteur en liaison avec les effets spéciaux vidéo et prise en main du matériel technique.
6 séances
Publics concernés : enfants du centre aéré d’Archipel à Raon-l’Etape et résidents de l’EHPAD de Foucharupt à Saint-Dié-des-Vosges
Encadrants artistiques : Ghislain Bourquin, David L’Huillier (compagnie D2), Nicolas Diss (association Acte)
Restitution au Musée départemental d’Art Ancien et Contemporain à Epinal le 12 janvier 2020
2) Ombres et lumières
Evocation d’un monde où le langage verbal est remplacé par le dialogue entre le mouvement corporel et les formes projetées : initiation à la danse contemporaine, approche du mouvement et de l’ombre projetée, synchronisation avec un décor vidéo créé in situ (technique du papier marbré) et filmé en direct.
4 séances
Publics concernés : enfants et parents du centre aéré d’Archipel
Encadrants artistiques : Pascale Manigaud, Zeynep Uysal
Restitution au Musée départemental d’Art Ancien et Contemporain à Epinal le 12 janvier 2020
3) Trace.s Future.e.s, cycles d’ateliers menés en partenariat avec l’association Echanges et Cultures
« Même si les portes d’un musée sont ouvertes à tous il n’en demeure pas moins que nous ne les franchissons pas tous. Mais une des raisons qui ne nous invite pas habituellement à fréquenter les lieux culturels, c’est le manque de fédération. « Futur Antérieur » a été la clé fédératrice de cette porte qui reste fermée lorsqu’on est seul. L’action culturelle « Futur Antérieur » a donné à notre projet local, une envergure départementale. « Traces Futures » a coloré « Futur Antérieur » de sa dimension sociale. »
– Carole, participante au projet et bénévole au sein de l’association Echanges et Cultures.
>> In.Temporel.s Focus
Conception d’images de réalités virtuelles sur le thème des jardins du futur : recherche documentée pour créer une mise en scène, sculpture 3D pour la conception d’images virtuelles du paysage et de la flore.
12 séances
Publics concernés : publics d’Echanges et culture à Senones
Encadrant artistique : Neigeline Noël (VRisme)
Restitution au Musée départemental d’Art Ancien et Contemporain à Epinal le 12 janvier 2020
>> T’es fou man
Ecriture, interprétation et enregistrement d’une chanson sur l’avenir que nous réserve notre monde actuel : initiation percussions et découverte d’objets sonores, création de gimmick et sensibilisation à la polyphonie et au rythme, création de textes, musiques et interprétation.
7 séances
Publics concernés : publics d’Echanges et Cultures
Encadrant artistique : Serge Laquenaire (association Eveil Musique Aventure)
Version chantée
Version dub
>> Fossiles Futur.s et Après Faillite.s
Travail du volume, détournement d’objets et écriture, installations plastiques et sonores pour évoquer le déclin d’une humanité qui n’a pas su maîtriser son destin.
En complément de ces différents ateliers, 2 autres actions ont également été imaginées :
4) Une journée de découverte et d’expérimentation au Musée Départemental d’Art Ancien et Contemporain d’Epinal (mercredi 23 octobre)
Réservée aux publics et encadrants du projet La Déodatie en 4D, promenade dans l’espace-temps, incluant la visite du musée, de l’exposition Futur antérieur et le suivi d’ateliers de pratiques (fouilles, interprétation et conservation).
Visite guidée de l’exposition Futur Antérieur
Ateliers divers
Raconter l’histoire du tableau
Fouilles // archéologie
Reconstitution des artefacts
Imaginer la ville de demain
5) La Déodatie en 4D, le film
Création d’un documentaire, film mémoire du projet : comment l’art peut-il devenir un levier social et économique ? Depuis mai 2019, Pascale Manigaud a posé son regard sur l’évolution des ateliers artistiques et les actions de sensibilisation à l’exposition Futur Antérieur. Elle a réalisé un document-mémoire qui fait écho à la notion de droits culturels, posant la culture comme un droit fondamental et un facteur d’épanouissement individuel et collectif.
Afin de soutenir la création artistique sur le territoire des Vosges, le Conseil départemental des Vosges ouvre ses portes aux artistes locaux. Quatre artistes ont été sélectionnés par un jury parmi 14 candidats. Setou est la 1ère artiste qui exposera ses oeuvres durant 3 mois. Elle sera suivi par 3 autres artistes vosgiens courant 2020.
Pouvez-vous nous retracer un peu votre parcours d’artiste ?
J’ai eu envie de regarder là où on ne regarde pas.
J’ai fait une formation beaux-arts dans le Nord, plus précisément à Tourcoing, cependant ce n’est pas l’école qui rend artiste.
Mon parcours d’artiste se mélange à mon parcours d’existence. Mon art a grandi en Afrique de l’Ouest où j’ai vécu une dizaine d’années, plus précisément à Dakar au Sénégal. Cet éloignement de la France, cette immersion dans une culture nouvelle, m’a permis un cheminement vers la réappropriation de mes propres racines.
J’ai vécu une forme de métissage culturel, j’ai été saisie par la spiritualité et le côté mystique de l’Afrique noire. Ce vécu m’a permis d’opérer une forme de lâcher-prise par rapport aux contingences du quotidien occidental. Cela m’a aidé à m’assumer en tant qu’artiste, peintre et performeuse et à donner un sens à ma quête d’expression.
Avant le Sénégal, j’ai commencé mes 1ères expositions collectives à Paris. J’étais tellement timide, je me cachais souvent devant la presse. Pour la petite anecdote, un journaliste a pensé au début que j’étais un homme jeune, africain. Et ce même journaliste, étonné de rencontrer une jeune femme française, a pensé que j’avais vécu en Afrique. Lorsque je lui ai répondu que je n’y ai jamais mis les pieds, il m’a conseillé de m’y rendre.
Je suis donc partie une 1ère fois à Dakar où j’ai découvert le Village des Arts, un espace dédié à l’art contemporain où une cinquantaine d’artistes occupent leurs ateliers.
J’ai pu dans la foulée faire 2 résidences d’artistes dans ce lieu de création et par la suite j’ai décidé de fonder une association en France qui a permis à quelques jeunes artistes émergents sénégalais de réaliser des résidences d’artistes de 3 mois (2 mois de création, 1 mois d’exposition). A ce titre, j’ai été soutenue par le Conseil départemental des Vosges à l’occasion des 4 résidences qui ont eu lieu, ainsi que par le Ministère de la Culture du Sénégal.
Quels sont les artistes d’hier et d’aujourd’hui qui vous ont inspiré tout au long de votre parcours ?
Il y en a tellement.
Par exemple, Jean-Michel Basquiat, Francis Bacon, Marc Chagall, Henri Matisse, …
Et puis certains artistes conceptuels qui ont travaillé avec leurs corps.
Quel est le point de départ d’un tableau, la genèse d’une œuvre (une image, un rêve, un souvenir, une émotion, une souffrance, le hasard, un mélange de plusieurs choses, …) ?
Oui, c’est un mélange de tout ça…
Selon moi, l’artiste est une éponge. Sa vision se doit d’être en quelque sorte circulaire. En ce qui me concerne, je parle d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Je suis à la fois à l’intérieur et à l’extérieur. Il y a à la fois quelque chose d’organique, d’intellectuel et de spirituel.
Au final, il en résulte des histoires, des sortes de légendes contemporaines ; je tente de sortir de l’évidence tangible.
J’essaie de proposer une vision onirique d’un quotidien transgressé, dans cette démarche je souhaite rester figurative afin de demeurer accessible.
On respire la culture africaine dans vos peintures. Votre « tribu d’images » comme vous nommez vos œuvres, est-elle un cri d’amour pour l’Afrique qui vous manque ? Un reflet de son absence et un rappel que vous êtes toujours auprès d’elle ?
Non, pas forcément… Il y a une déchirure en moi entre deux mondes, à savoir l’Occident et l’Orient, et paradoxalement cette fracture devient un outil de création, où l’Afrique est bien sûr très présente et m’habite.
Il y a un rapport unique avec la couleur… Dans vous tableaux, on découvre des couleurs chatoyantes, à la limite de la saturation avec une intensité lumineuse et des couleurs pures. Pourquoi ce choix chromatique ?
Ce n’est pas un choix. Sur cette exposition je propose des œuvres issues de mes 3 dernières collections. La plus ancienne avec des couleurs quasi primaires, les peintures datant de 2018 avec beaucoup plus de couleurs et les plus récentes de 2019 beaucoup plus chargées avec des œuvres plus en texture et moins lisses.
Le rouge est une couleur souvent prédominante dans mes peintures, peut-être est-ce parce que c’est une couleur proche de la vie, la couleur du sang. D’ailleurs j’ai travaillé avant avec du sang de bœuf, mais cela est interdit aujourd’hui.
J’ai accepté la couleur… je suis allée vers les couleurs. Je les veux violentes, fortes, contrastées.
Le mouvement est là, présent. Nous spectateurs, on entre dans le mouvement, on suit les traits, les tracés du peintre, l’énergie du geste. Vous, l’artiste, tout votre être fond dans le décor, vos pensées circulent sur la toile. Puis ce mouvement constant entre Orient et Occident, cette déchirure sans cesse renouvelée. Comment crée-t-on ce mouvement… qu’est-ce qui se passe en vous ?
Je continue de décliner ma « tribu d’images », êtres réels et êtres inventés, ceux-ci s’imbriquent entre eux. Je leur donne une histoire, je raconte …
Et chaque personne regardant mes toiles pourra s’approprier un morceau d’histoire qui lui parlera d’avantage qu’un autre.
J’aime beaucoup travailler sur grand format qui nécessite une grande dépense d’énergie à la fois physique et mentale. C’est une sorte de combat avec la toile. D’où le fait que bien souvent j’ai voulu réaliser des performances où je mettais en scène mon propre corps comme ultime matériau de création.
On ressent beaucoup de dualités… ou finalement d’harmonies… entre 2 choses opposées. Intérieur et extérieur, songe et réalité, homme et femme, le mystique et le quotidien, vie urbaine et nature/animaux, liberté et cadre, souffrance et espoir, … Vous pouvez nous en dire plus ?
En fait, j’aime le concept d’une sphère mouvante et vibratoire à l’intérieur de laquelle nous gravitons tous, parfois en paradoxes parfois en harmonies.
Il n’y a pas de juste milieu, de juste équilibre. Juste une infinitude de centres qui se déplacent à l’infini.
Vous associez souvent mots et images. Pour vous, les mots sont une sorte de transcription de vos œuvres, un miroir ? Les mots sont au service de l’œuvre ?
Les mots viennent dans les moments de pause dans mon atelier et font partie intégrante de mon univers de création.
Je ne raconte pas mes peintures avec mes mots… ce n’est pas une retranscription, j’ai l’idée en écrivant de permettre aux gens de rentrer davantage dans mon processus de création. Et les mots sont des images aussi.
J’essaie de livrer une explication poétique de mon travail avec les mots.
TEASER DE L’EXPOSITION « LAISSEZ PARLER LES IMAGES »
Travaillez-vous avec des publics différents dans le cadre d’ateliers de pratique artistique ? Et qu’avez-vous envie de transmettre ?
Oui. J’ai réalisé des ateliers pour des adultes (néophytes et personnes ayant déjà une pratique artistique).
J’aime travailler avec des publics singuliers (les malades mentaux, les handicapés mentaux, les malentendants, … ).
J’ai notamment aimé réaliser une installation artistique avec des personnes du spectre autistique dans laquelle j’ai mis un parallèle entre l’enfermement mental de l’artiste en processus de création et l’enfermement mental des personnes handicapées. La communication entre le langage de l’artiste et le langage de ces personnes fût très fluide. Et de cette rencontre naissait une sorte de « porte de sortie ».
Il était très important d’être extrêmement naturelle pour ce type d’échange.
Quels sont vos futurs projets artistiques (d’autres expositions, des performances, de nouvelles créations) ?
Bien sûr, l’envie de créer est bien présente. Bien que je travaille 365 jours dans ma tête, j’ai besoin pour créer de ne pas être parasitée par le quotidien, de m’extraire d’une forme de réalité. Je travaille donc par sessions.
L’exposition « Laissez parler les images jusqu’au 7 février 2020, du lundi au vendredi de 9 h à 12 h et de 14 h à 16 h 30 en accès libre.
Pour plus d’informations sur l’exposition « Laissez parler les images » et l’artiste Setou :
Rencontre avec Nicole Roux, responsable de la valorisation culturelle, Archives départementales des Vosges
Pourquoi avoir choisi ce thème universel « Qu’est-ce qu’on mange ? » ?
Je suis en poste depuis 2002 au sein des Archives et nous avons traité de nombreux thèmes (le chemin de fer, la photographie patrimoniale, Jules Ferry, entre autres …). Cette année nous abordons un sujet plus contemporain afin d’impliquer un public nouveau ou qui ne vient pas habituellement aux Archives.
L’exposition est un vrai parcours allant de la terre nourricière et l’aliment brut jusqu’à nos tables et nos estomacs. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce voyage ?
Quand on aborde un sujet aussi vaste, on doit faire le choix entre aborder un aspect spécifique que l’on détaille ou aborder toutes ses composantes. J’ai choisi la seconde option… car je suis une gourmande ! L’exposition est organisée selon une ligne conductrice, on peut aller de cette terre nourricière à la table, mais on peut aussi « picorer » l’exposition en passant d’un thème à un autre, selon les envies.
Peut-on parler de patrimoine culinaire ? Et de patrimoine culinaire vosgien, plus précisément ?
Patrimoine culinaire français, oui, mais je ne m’y arrête pas. Dans les Vosges, les plats à base de lard ou de pommes de terre sont au cœur des menus, mais on les retrouve également dans d’autres régions. Cependant il existe un vocabulaire très spécifique autour de ces plats. Je dirais que le patrimoine culinaire vosgien se reflète dans le vocabulaire ou dans les recettes adaptées aux goûts locaux.
En outre, les Vosges disposent d’un vrai patrimoine lié aux arts de la table avec les couverts de Darney, le linge de Gérardmer, la verrerie de Portieux. L’industrie est ici représentée sans prendre une part trop imposante.
Nous habitons un territoire fortement rural. La terre nourricière, l’agriculture sont-ils des facteurs importants ?
Oui, il y a un impact fort. Je n’ai pas compulsé les études statistiques contemporaines sur ce sujet, souhaitant une approche plus historique, on retrouve un fort impact sur les productions, l’évolution des prix des denrées, les problèmes liés aux famines, etc.
À travers l’exposition, nous pouvons suivre l’histoire alimentaire de la France. L’histoire et la nourriture sont-elles étroitement liées ?
À partir d’un maximum d’exemples vosgiens, j’ai voulu montrer le contexte historique et alimentaire général. Par exemple, j’ai abordé les restrictions alimentaires en temps de guerre par le biais des approvisionnements de pommes de terre de 1917, les tickets de rationnement et les régimes pour les enfants lors de la 2nde Guerre mondiale.
Racontez-nous un peu ce travail de recherche de documents d’archives pour l’exposition qui a dû être long, minutieux et des plus intéressants.
Quand on parle d’alimentation, on est amené vers des sources diversifiées : cartes postales, statistiques agricoles, affiches, journaux, …. Les journaux, par exemple, ont été peu utilisés sur les précédentes expositions et ont été ici une source très riche. Puis il y a des recherches en archives anciennes qui prennent plus de temps pour leur dépouillement. J’ai eu la chance de travailler avec une stagiaire, Agathe Rivet (étudiante en Master 2 Histoire, Civilisation, Patrimoine) pendant 4 mois qui m’a beaucoup aidée sur la partie recherche, sélection de documents, scénographie, …. Cela est toujours très enrichissant et j’aime particulièrement transmettre et travailler en équipe.
Vous parlez des aspects positifs de la nourriture, mais vous abordez également les aspects négatifs (les dangers, les problèmes phytosanitaires, les fraudes, …). Finalement, l’alimentaire a toujours été source de scandales et polémiques ?
Oui. Finalement, quand on regarde, nombreux sont ceux qui se sont sentis obligés de « gruger » pour ne pas gaspiller une denrée invendable ou de faire plus de profit, parfois par méconnaissance du danger sanitaire. Quand on prend l’exemple du poisson vendu sur les marchés au XIXe siècle, en fin de journée, certains marchands badigeonnaient parfois de sang les ouies des poissons afin qu’ils paraissent roses et frais sans forcément se rendre compte que les consommateurs pouvaient en mourir. Aujourd’hui, il y a moins de scrupules, on ne peut plus dire que l’on ne savait pas.
Avez-vous une recette locale archivée à nous faire partager aujourd’hui ? Peut-être quelque chose à base de « pouarotte » [mot signifiant « pomme de terre » issu de dialectes vosgiens]?
Non, pas vraiment. Rares sont les recettes dans nos collections, mise à part quelques recettes de confitures, de sirops ou de vinaigres.
Il y a cette notion de « Qu’est-ce qu’on mange ? », mais également cette notion de « comment mange-t-on ? » avec un aperçu des codes du service à table, des arts de la table et de la restauration. C’est une volonté de l’exposition de montrer que manger crée également du lien, des émotions et du plaisir ?
Ça me semblait indispensable d’évoquer la mise en scène du repas au fil du temps. Les aliments sont une chose, mais avant de les consommer, on part des ustensiles de cuisine pour arriver aux arts de la table, dans les Vosges, nous avons un véritable savoir-faire.
Quant au patchwork de photos de repas de famille, de plats spécifiques ou de tables de fêtes …, c’est l’idée qu’il y a des gens derrière tout cela : qui va cuisiner et pour qui ?
Vous avez toute une panoplie d’ateliers pédagogiques et d’animations autour de l’exposition ainsi que des jeux concours pour faire participer le grand public. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Par exemple, le 30 novembre prochain, nous proposons une animation sur la cuisine du futur. Les chefs de cuisine des collèges des Vosges sont invités à participer à un défi culinaire portant sur des desserts trompe-l’œil. Une numérisation en 3D des desserts sera réalisée sous les yeux des participants (entrée sur réservation, gratuit).
Côté jeux concours, nous avons le concours « À vos tartes… tartez ! » le samedi 23 novembre à 14h. Deux catégories sont proposées : les tartes aux fruits et les tartes gourmandes. Le lauréat de chaque catégorie gagnera un cours de cuisine.
Nous avons également le concours « Des papilles et des yeux », un concours de photographies d’assiettes. Cuisinez et dressez une jolie assiette puis photographiez votre chef d’œuvre. Une sélection des plus belles photographies fera l’objet d’un livre numérique disponible sur notre site internet.
Question plus personnelle maintenant, qu’est-ce qui vous a marqué dans cette exposition ? Un souvenir à partager avec nous ?
On nous a prêté pour l’exposition un carnet de recettes d’une femme résistante ayant survécu au camp nazi de Ravensbrück. Des recettes qu’elle a écrites et échangées avec d’autres prisonnières… on se dit que peut-être ces échanges lui ont permis de ne pas sombrer… Cet objet a une réelle histoire. On ne peut pas y rester indifférente.
J’ai également été marquée par le menu datant de 1870 où figurent des animaux du Jardin d’Acclimatation de Paris. Ce n’est pas tous les jours que nous voyons sur un menu de restaurant du « haricot de chien », du « filet d’éléphant », du « phoque savant » et du « plum-pudding à la graisse de bosse de chameau » !
Sophie Bey, coordinatrice culturelle de l’association La Lune en Parachute
Pour vous, l’art contemporain dans les Vosges, ça vit, ça respire, ça bouge ? Etes-vous satisfaite de son rayonnement culturel ou y a-t-il encore beaucoup de boulot ?
Si on prend le territoire dans sa totalité, ça va. Mais il y a encore du boulot, particulièrement dans les zones rurales. Il y a encore de l’énergie à mettre dans les « zones blanches », comme on a pu le constater dans l’état des lieux mené par le Conseil Départemental des Vosges.
L’art contemporain n’est pas réparti égalitairement sur le territoire. Même si il y en a partout, les liens ne se font pas toujours.
L’Art Bus a d’ailleurs été pensé pour palier à ce manque.
Le concept de l’Art Bus est né il y a 14 ans de 2 constats :
1) la problématique du public, et notamment les ados, qu’on voit de moins en moins dans les lieux culturels publiques.
2) la problématique du territoire et cette question de comment répartir l’offre culturelle sur tout le territoire. Commente irriguer le territoire.
J’aime beaucoup cette image « d’irriguer » … on sème des graines, on ne sait pas si cela va pousser, si les conditions sont assez clémentes.
Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de créer ce projet pédagogique unique en France ?
L’Art Bus est vraiment un projet auquel on croit.
On se déplace vers le public. On fait un pas vers eux. On n’attend pas qu’ils viennent dans un lieu d’art, on va directement dans les collèges. C’est un vrai lieu de mixité sociale.
Cela permet une vraie démocratisation et accessibilité à l’art pour ne pas rester sur l’élitisme. C’est l’art pour tous. Il y a un vrai moteur éthique derrière.
L’Art Bus, est-ce une bonne recette pour intéresser les jeunes à l’art ?
C’est proposer une régularité avec laquelle le public sera en contact avec 1 œuvre d’art. Cela forge le regard. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, là n’est pas la question. On peut mieux définir ce qui nous touche, nous parle, nous interpelle… et si une méthode artistique nous plaît plus qu’une autre.
Les professeurs font un travail de médiation culturelle merveilleuse. Suite à l’Art Bus, de magnifiques projets ont pris forme. Ils sont vraiment nos alliés.
Quels sont les retours que vous avez des élèves et du corps enseignant ?
Une petite anecdote … j’entends souvent « ah oui, l’Art bus » de lycéens que je rencontre qui se sont souvenu de cette opération dans leur ancien collège. Finalement, pour certains c’est leur 1er contact avec l’art contemporain. C’est une belle reconnaissance pour La Lune en Parachute. Ça nous montre que ce qu’on fait a vraiment du sens.
Pourquoi cibler uniquement les collèges ? Pourquoi pas les primaires, les lycées ?
Dans la naissance du projetc’était une bonne logique de cibler les collèges étant donné que le Conseil Départemental des Vosges gèrent les collèges sur le territoire.
L’Art bus c’est une petite goutte d’eau par rapport à tout ce qui peut être fait. Nous aurions comme souhait de développer l’opération Art Bus de manière plus large, hors temps scolaire par exemple.
Notre rêve serait de pas juste nous confiner aux collèges, mais d’offrir l’opération au plus grand nombre : les places des villages, les primaires, les lycées, les foyers ruraux, …
Il y a un gros potentiel, mais il faudrait un 2ème salarié.
Une enseignante d’arts plastiques chargée de mission par la Délégation Académique des Arts et de la Culture élabore chaque année un dossier pédagogique autour de l’exposition dans le bus. Cet outil est-il une réelle richesse pour les enseignants ?
Cela est une vraie richesse.
Nous n’avions pas de chargée il y a 9 ans. On livrait une expo et on laisser les collèges en disposer comme ils le voulaient. Nous avons professionnalisé tout cela suite au passage de 2 expositions moins accessibles et plus difficiles à comprendre ou aborder.
Cette enseignante chargée de mission a pour mission de : 1) préparer une mallette numérique destinée aux collèges où elle y intègre des idées de séquences, de la documentation d’artistes en lien avec l’exposition, … 2) faire un bilan avec le nombre de participants, de projets de classe. Cela donne une belle visibilité pour nous en tant qu’association.
Cela n’empêchent pas beaucoup de professeurs de collège d’élaborer eux-mêmes leurs séquences, ils ne manquent pas d’inventivité ! Mais c’est quelque chose mis à leur disposition, sans obligation, avec des orientations proposées pour ceux qui veulent.
Comment expliquez-vous le succès de l’Art Bus qui existe maintenant depuis 14 ans ?
La Lune en Parachute est une association avec un beau parcours dans le temps et avec des soutiens qui ont grandi. Puis on ferait rien sans nos bénévoles.
Le Conseil Départemental et Transdev Grand Est sont 2 partenaires clés pour la création de l’opération de l’Art Bus.
Aujourd’hui, cela représente 15 établissements et 4000 élèves.
Il y a également une forte collaboration avec l’Education Nationale et la DRAC. On couvre également un réseau d’éducation prioritaire (en moyenne 2 à 3 par an sur nos itinéraires) et ils nous guident sur nos choix, nous aident dans nos besoins pour certaines zones.
On parle de plus en plus de zones blanches. L’Art Bus s’inscrit de mieux en mieux à un besoin réel sur le territoire.
Rencontre avec Hélène Bleys
Hélène Bleys, jeune artiste qui expose dans l’Art Bus pour l’édition 2019
Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir artiste ? Racontez-nous un peu votre parcours.
Je ne suis pas née avec un crayon dans la main, mais ces gestes de dessin comme quand j’étais enfant sont restés. Finalement, c’est resté mon langage. C’est venu tout seul, naturellement. J’ai fait les beaux-arts à Nancy. Le dessin est devenu un refuge pour moi. Ce n’est pas confortable mais réconfortant.
Pouvez-vous nous décrire l’univers que vous avez souhaité installer dans l’Art Bus cette année ?
C’est une sélection de dessins puisés de mes productions antérieures. Je voulais mettre en avant des images qui pouvaient créer un écosystème fantasque. L’idée est de représenter l’Homme, l’animal et la nature… et de les faire cohabiter sans les hiérarchiser. C’est comme un songe, teinté d’onirisme.
Quels sont les messages que vous souhaitez faire passer dans vos œuvres ?
Il peut y avoir plusieurs regards. Ce n’était pas mon souhait de diriger vers 1 seule et unique affirmation.
Cela représente un monde en mutation qui peut retentir en nous … l’écologie, la mutation transgénique, etc. C’est une réaction au monde, déjouer et jouer de son activité.
C’est une suggestion, un regard sur ce qui se passe, sans pour autant être en mesure de changer les choses.
Et puis le dessin, c’est le langage de l’enfance… ça peut parler à tous.
Le principe de l’exposition :
Un espace d’exposition dans 1 bus avec pour mission de le déjouer, de sortir du cadre et aller vers quelque chose de plus fantasque.
Plusieurs dimensions de dessin sont représentées :
les dessins muraux
les dessins encadrés
les dessins qui débordent du cadre
les céramiques pour donner l’impression que les dessins ont pris une forme 3D
Il y a un réel paradoxe dans vos œuvres qui sont à la fois épurées et simples mais en même temps si complexes et remplies de détails. Quelle était votre volonté artistique ?
J’ai voulu décontextualiser avec des formes autonomes.
C’est le plaisir du dessin reflété, le plaisir de se perdre dans les gestes.
J’ai une réelle fascination pour les textures. Puis une fascination à apprendre à regarder les choses, de manière macroscopique. Cette volonté aussi de montrer beaucoup de choses et d’aller jusqu’au bout. L’esthétique de la saturation me plaît beaucoup.
Il y a aussi ce rapport au temps, avec la lenteur.
Vous rentrez dans les détails… de l’animal, du corps humain… extérieur comme intérieur, Quelles réactions avez-vous eu du grand public ? Est-ce que cela dérange parfois ?
Peut-être quelques froncements de sourcils de temps en temps.
J’ai une fascination pour ce qu’on trouve dans l’encyclopédie, cela me terrorise. C’est une sorte de catharsis pour moi… pour montrer qu’on n’est pas juste une âme.
Et puis les cheveux, intestins, tentacules… se sont des formes liées à la ligne du dessin. Le geste de nouer, entremêler et toute l’interprétation qu’on leur donne. C’est une référence au dessin.
Avez-vous des conseils pour des jeunes artistes qui désirent se lancer dans l’art contemporain ?
Je débute à peine moi-même… mais si je dois conseiller une chose… La pratique devrait être de l’ordre du jeu. Il faut s’enlever des barrières et faire les choses en jouant, sans gravité.
Pour plus d’informations sur La Lune en Parachute :
Raconte-nous un peu ton parcours et comment tu es devenu DJ
Je suis DJ depuis une vingtaine d’années maintenant, comme une extension un peu naturelle de collectionneur de disques que j’étais. Finalement, à force d’acheter de la musique, l’idée était aussi de la faire partager… et quoi de mieux pour la faire partager que de la jouer en live.
Le métier de DJ s’est proposé à moi. C’était comme une évidence.
C’est le point de départ. C’est plus pour le jeu et le jeu devient plus qu’une passion… ça devient son métier. Et on dédie sa vie à chercher de la musique et la faire découvrir et la partager avec le public.
Peux-tu nous parler un petit peu des projets que tu as déjà mener?
C’est une vie qui nous amène souvent sur les routes. Essentiellement dans les clubs. Mais ma volonté c’était aussi de sortir de cette musique-là. De sortir du monde de la nuit et d’aller toucher un public qui n’est pas attiré par cet environnement nocturne.
Ça peut prendre forme dans la mise en musique de pièces de théâtre.
Et depuis 2016 je travaille pour la danse avec une collaboration avec le Ballet de Lorraine sur plusieurs créations que je mets en musique. Je travaille avec le directeur du Ballet, les chorégraphes et les danseurs pour proposer de la musique électronique dans un autre environnement et un autre cadre.
Vidéo du Discofoot avec le Ballet de Lorraine
Et après avoir vu l’exposition Futur Antérieur au MUDAAC (Musée départemental d’art ancien et contemporain), qu’en as-tu pensé?
Souvent, dans notre époque, on pense que le futur est anxiogène… que c’est quelque chose qui nous échappe un peu. Mais dans l’exposition, on voit que ce qui reste de nous n’est parfois pas ce qu’on a envie de laisser… C’est pour ça que c’est important de vivre dans son présent, mais de toujours avoir une pensée vers l’avenir. Et tout ça en s’inspirant du passé.
Ca nous rappelle bien que finalement, même si notre passage sur terre est éphémère, on laisse toujours quelque chose derrière nous et c’est important d’en avoir conscience.
Es-tu prêt à mixer pour Futur Antérieur ?
Je suis prêt à laisser une trace de mon passage à Epinal !
DJ Ben Unzip s’installe pour l’inauguration de l’expo Futur Antérieur au MUDAAC
Rencontre avec les membres de l’association Helicoop
Pourquoi avoir choisi ce lieu emblématique, la Grande Bibliothèque de l’Abbaye de Senones ?
C’est un réel projet de territoire. Les années impaires, nous proposons une exposition à l’Abbaye de Senones. C’est la 1ère fois que l’exposition se déroule dans la Grande Bibliothèque. Les créateurs rêvaient d’exposer leurs œuvres dans un lieu si lumineux, grand et magique. Nous avons pu le rendre possible. Notre objectif est de faire vivre ces abbayes à travers des projets culturels. (Les années paires, nous organisons « Le Sentiers des passeurs » entre Vosges et Alsace.)
Il y a à la fois une grande diversité de supports et de matériaux (allant de la peinture à la vidéo), une grande diversité d’artistes venant des 4 coins du monde, une grande diversité d’expressions artistiques et d’émotions transmises … mais en même temps, une harmonie à habiter ce même lieu et un réel fil conducteur… comment expliquez-vous cela ?
C’est une boîte dans une boîte en quelque sorte. Par le passé, La Grande Bibliothèque de l’Abbaye était habitée par les livres puis par les métiers à tisser. Aujourd’hui, le pari était de faire vivre ce lieu désaffecté et d’habiter cette « boîte ». Les artistes y ont exposé leurs œuvres en s’exprimant et en y emboîtant leur vision du thème de l’expo « habiter le monde ». C’est à la fois le lieu et le thème qui réunit et donne ce fil conducteur.
Amir Bey, « Medecine Wheels »
Julie Kieffer et Octave Rimbert-Rivière, « The Widow Maker »
Yeun-Kyung Kim, « Ne t’en fais pas, sois heureux »
C’est une exposition internationale avec certains artistes venant de loin (Corée du Sud, Chine, Etats-Unis, …). Pensez-vous que leur visite dans les Vosges puisse les inspirer en tant qu’artiste ?
Oui, très certainement. Il y a cette question de comment l’Homme habite son monde, qu’il soit habitant de la ville ou en pleine nature ou néo rural. La nature, très présente dans les Vosges, peut parfois être source d’inspiration et présente dans les œuvres. Pour cette exposition, il y a un rapport avec la nature très diversifié. Nous retrouvons la nature comme matériau au service de l’art … la nature meurtrie et violentée (ex : la sculpture intitulée « Le lion est mort ce soir » de l’artiste Vincent Campos) … ou la nature comme jardin d’Eden.
Mais les Vosges, ce n’est pas que la nature… il y a tant d’autres choses à représenter à travers l’art.
Marie-Christine Lee, « Plaidoyer graphique contre la déforestation sauvage dans le monde »
Vincent Campos, « Le lion est mort ce soir »
Florent Meyer, « La grande volière magique »
Est-ce important aussi pour vous de continuer à mettre en lumière les acteurs locaux ? Pourquoi ?
Nous avons quelques artistes vosgiens, mais l’appartenance territoriale n’est pas un critère prioritaire.
Par contre, l’association Helicoop a été créée par des artistes pour des artistes. Il y a donc déjà une racine Vosges et Grand Est. Une empreinte locale mélangée à une envie d’aller vers le monde extérieur.
Et puis nous retrouvons des artistes qui ont fait le choix de s’installer ici car c’est un territoire plus accessible avec la possibilité d’avoir un atelier d’artiste et de se loger à moindre coût. Ici, ils peuvent avoir l’espace pour travailler et une réelle qualité de vie. Pour un jeune artiste qui débute, par exemple, c’est l’idéal.
Pouvez-vous m’en dire plus sur votre exposition ?
Cette exposition se différencie des expositions de métiers d’art. Ici, c’est le propos… l’idée défendue.
C’est une proposition d’expo qui part d’une démarche très différente. On ne met pas en lumière un savoir-faire, mais plutôt un discours qui viendra servir un savoir-faire. Derrière il y a une réflexion, un réel engagement et parti pris de l’artiste. Le message artistique est le tronc principal.
Ça prend tout son sens dans un lieu tel que celui-ci étant donné que c’était une grande bibliothèque à l’époque.
Notre exposition réunit au total 29 artistes d’une grande diversité … lorsqu’on réunit leurs œuvres, nous avons une vision humaniste de l’ensemble. On obtient un discours polymorphe sur le thème « habiter le monde ».
Nous avons cette année 2 médiatrices stagiaires. Nous attachons beaucoup d’importance à la médiation. Certains visiteurs vont demander une explication précise de l’œuvre, d’autres vont préférer l’apprivoiser par eux-mêmes et le cartel leur suffira. C’est à nos médiatrices de s’adapter au public et trouver le juste milieu pour la lecture de l’œuvre.
Et puis la médiation nous permet également de questionner les visiteurs et de poser la question « d’où venez-vous ? ». Ce genre de données nous est utile pour mieux communiquer et cibler par la suite.
Abdelmalek Yahia, sans titre (réalisés in situ à la Grande Bibliothèque du 6 au 13 juillet)
Lisa Pélisson, « La Fête est-elle encore possible aujourd’hui ?… »
Amandine Turri-Hoelken, « Zone 54 »
Barbara Leboeuf, « A toi de voir… »
Jean-Louis Hess, « Daniel habite le monde »
Pour vous, quel est le plus gros challenge que rencontre ces artistes dans leur métier d’aujourd’hui ? Avez-vous des conseils pour eux ?
Quelques conseils en vrac …
Challenger les paradis
Anticiper les éventuels écueils
Rester dans le positif
Garder le désir de faire
Donner de la réflexion aux autres
Ne pas rester que dans sa discipline
Qu’on soit artiste en zone rurale ou au sein d’une grande ville, les enjeux sont les même… juste les paradigmes changent.
Un des plus gros challenges en tant qu’artiste est le regard de la société…
Comment nous les considérons et les accompagnons… leur statut précaire… le manque d’aides…
Et puis c’est difficile de faire comprendre qu’être artiste est un vrai métier et pas un simple hobby. Au regard de la société ce n’est pas un métier traductible en terme économique et d’hyper-rentabilité.
L’artiste représente la liberté, un esprit critique… c’est un peu une figure à « éliminer », nuisible au capitalisme. Cette idée porte préjudice au métier d’artiste.
C’est extrêmement difficile de commencer petit avec cette pression de la rentabilité. Et la question récurrente « mais est-ce que tu en vie ? » pèse lourd sur les épaules.
En tant qu’association, pour vous c’est important de continuer de représenter l’art contemporain en milieu rural ? Et quelle vision portez-vous sur l’avenir et la jeune génération d’artistes ?
Oui, très important. Nous pensons que notre travail est primordial pour continuer de mettre en lumière l’art dans cette région et au sein d’une population isolée de la culture.
Et malgré ce portrait sombre qu’on vient de présenter, le jeu en vaut la chandelle. Les artistes arrivent à vivre, avancer, briller. Il ne faut pas les sous-estimer. De belles choses se font et continueront de se faire.
Pour vous, c’est important la collaboration et l’échange entre artistes ?
De plus en plus de collectifs d’artistes se créent avec cette envie de faire des projets en commun. Cela leur donne plus de force et de poids.
La mise en réseau et la collaboration est très importante.
Arrivez-vous à sensibiliser le jeune public à cette exposition et à l’art en général ?
Nous avons créé un guide spécial pour les enfants qui a été adapté au fur et à mesure. C’est un guide ludique avec des jeux.
Nous avons pu constater que les visiteurs enfants étaient plutôt des -12 ans venus avec leurs parents plutôt que des adolescents.
La visite pour les enfants est très différente que celle pour les adultes. Les enfants ne vont pas voir les mêmes choses dans les œuvres, ils vont s’attarder sur des choses bien différentes.
Pour pousser encore plus loin la sensibilisation du jeune public, nous avons mis en place des stages et des ateliers de pratiques artistiques. Malheureusement, cela a été un réel échec pour nous. Il n’y a pas eu beaucoup d’inscrits.
C’étaient des ateliers menés entièrement par des bénévoles. Nous avions communiqué dessus dès le mois d’avril, en amont de l’expo.
Nous n’avons pas encore le recul nécessaire pour comprendre le manque de participation, mais nous savons qu’il y a des idées préconçues des parents sur ce type d’atelier d’été. Une représentation de quelque chose de trop académique, proche d’une activité scolaire et loin du ludique.
On nous avait proposé de faire venir les enfants des centres sociaux de Saint-Dié-des-Vosges, mais notre volonté est aussi de sensibiliser les enfants ici, en milieu rural. Ceux qui sont très isolés de la culture, loin de toutes ces pratiques. Comment chercher les enfants d’ici ?
Nous n’avons pas réussi à toucher le grand public pour inciter les parents à inscrire leurs enfants. C’est un échec, mais nous allons nous améliorer pour l’édition suivante.
Il faut de la médiation en permanence sur le terrain… et à nous d’imaginer les outils pour les faire venir.
Nous envisageons la professionnalisation de notre association avec le recrutement d’un(e) chargé(e) de mission et de médiation. Nous avons aussi l’arrivée d’un nouveau directeur artistique. Cela ne sera que bénéfique à nos actions culturelles et nos objectifs.
Pour plus d’informations sur l’association HELICOOP