Reportage : Exposition "Habiter le monde" à Senones

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Lors de sa tournée de l'été, Culture C Nous est partie à la rencontre de l'association Helicoop qui investit la Grande bibliothèque de l'Abbaye de Senones avec son exposition d'été d'art contemporain "Habiter le Monde". Zoom sur cette expo et interview des membres de l'association.

Rencontre avec les membres de l'association Helicoop 

Association Helicoop




Pourquoi avoir choisi ce lieu emblématique, la Grande Bibliothèque de l’Abbaye de Senones ?

C’est un réel projet de territoire. Les années impaires, nous proposons une exposition à l’Abbaye de Senones. C’est la 1ère fois que l’exposition se déroule dans la Grande Bibliothèque. Les créateurs rêvaient d’exposer leurs œuvres dans un lieu si lumineux, grand et magique. Nous avons pu le rendre possible. Notre objectif est de faire vivre ces abbayes à travers des projets culturels. (Les années paires, nous organisons « Le Sentiers des passeurs » entre Vosges et Alsace.)

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Il y a à la fois une grande diversité de supports et de matériaux (allant de la peinture à la vidéo), une grande diversité d’artistes venant des 4 coins du monde, une grande diversité d’expressions artistiques et d’émotions transmises … mais en même temps, une harmonie à habiter ce même lieu et un réel fil conducteur… comment expliquez-vous cela ?

C’est une boîte dans une boîte en quelque sorte. Par le passé, La Grande Bibliothèque de l’Abbaye était habitée par les livres puis par les métiers à tisser. Aujourd’hui, le pari était de faire vivre ce lieu désaffecté et d’habiter cette « boîte ». Les artistes y ont exposé leurs œuvres en s’exprimant et en y emboîtant leur vision du thème de l’expo « habiter le monde ». C’est à la fois le lieu et le thème qui réunit et donne ce fil conducteur.

Amir Bey
Amir Bey, "Medecine Wheels" 

Julie Kieffer et Octave Rimbert-Rivière
Julie Kieffer et Octave Rimbert-Rivière, "The Widow Maker"

Jérôme Rich
Jérôme Riche, "Les Eaux Closes" (projection d'image, souche moisie, tuyau PVC)

Yeun-Kyung Kim
Yeun-Kyung Kim, "Ne t'en fais pas, sois heureux"




C'est une exposition internationale avec certains artistes venant de loin (Corée du Sud, Chine, Etats-Unis, …). Pensez-vous que leur visite dans les Vosges puisse les inspirer en tant qu’artiste ?

Oui, très certainement. Il y a cette question de comment l’Homme habite son monde, qu’il soit habitant de la ville ou en pleine nature ou néo rural. La nature, très présente dans les Vosges, peut parfois être source d’inspiration et présente dans les œuvres. Pour cette exposition, il y a un rapport avec la nature très diversifié. Nous retrouvons la nature comme matériau au service de l’art … la nature meurtrie et violentée (ex : la sculpture intitulée « Le lion est mort ce soir » de l’artiste Vincent Campos) … ou la nature comme jardin d’Eden.

Mais les Vosges, ce n’est pas que la nature… il y a tant d’autres choses à représenter à travers l’art.

Marie-Christine Lee
Marie-Christine Lee, "Plaidoyer graphique contre la déforestation sauvage dans le monde"

Vincent Campos
Vincent Campos, "Le lion est mort ce soir"

Florent Meyer

Florent Meyer, "La grande volière magique"

François Klein
François Klein, "Le village utopique" 

la Grande BibliothèqueFrançois Klein, "Le village utopique" 




Est-ce important aussi pour vous de continuer à mettre en lumière les acteurs locaux ? Pourquoi ?

Nous avons quelques artistes vosgiens, mais l’appartenance territoriale n’est pas un critère prioritaire.

Par contre, l’association Helicoop a été créée par des artistes pour des artistes. Il y a donc déjà une racine Vosges et Grand Est. Une empreinte locale mélangée à une envie d’aller vers le monde extérieur.

Et puis nous retrouvons des artistes qui ont fait le choix de s’installer ici car c’est un territoire plus accessible avec la possibilité d’avoir un atelier d’artiste et de se loger à moindre coût. Ici, ils peuvent avoir l’espace pour travailler et une réelle qualité de vie. Pour un jeune artiste qui débute, par exemple, c’est l’idéal.




Pouvez-vous m’en dire plus sur votre exposition ?

Cette exposition se différencie des expositions de métiers d’art. Ici, c’est le propos… l’idée défendue.

C’est une proposition d’expo qui part d’une démarche très différente. On ne met pas en lumière un savoir-faire, mais plutôt un discours qui viendra servir un savoir-faire. Derrière il y a une réflexion, un réel engagement et parti pris de l’artiste. Le message artistique est le tronc principal.

Ça prend tout son sens dans un lieu tel que celui-ci étant donné que c’était une grande bibliothèque à l’époque.

Notre exposition réunit au total 29 artistes d’une grande diversité … lorsqu’on réunit leurs œuvres, nous avons une vision humaniste de l’ensemble. On obtient un discours polymorphe sur le thème « habiter le monde ».

Nous avons cette année 2 médiatrices stagiaires. Nous attachons beaucoup d’importance à la médiation. Certains visiteurs vont demander une explication précise de l’œuvre, d’autres vont préférer l’apprivoiser par eux-mêmes et le cartel leur suffira. C’est à nos médiatrices de s’adapter au public et trouver le juste milieu pour la lecture de l’œuvre.

Et puis la médiation nous permet également de questionner les visiteurs et de poser la question « d’où venez-vous ? ». Ce genre de données nous est utile pour mieux communiquer et cibler par la suite.

Abdelmalek Yahia
Abdelmalek Yahia, sans titre (réalisés in situ à la Grande Bibliothèque du 6 au 13 juillet)

Lisa Pélisson
Lisa Pélisson, "La Fête est-elle encore possible aujourd'hui ?..."

Amandine Turri-Hoelken

Amandine Turri-Hoelken, "Zone 54"

Barbara Leboeuf
Barbara Leboeuf, "A toi de voir..."

Jean-Louis Hess
Jean-Louis Hess, "Daniel habite le monde"



Pour vous, quel est le plus gros challenge que rencontre ces artistes dans leur métier d’aujourd’hui ? Avez-vous des conseils pour eux ?

Quelques conseils en vrac …

  • Challenger les paradis
  • Anticiper les éventuels écueils
  • Rester dans le positif
  • Garder le désir de faire
  • Donner de la réflexion aux autres
  • Ne pas rester que dans sa discipline

Qu’on soit artiste en zone rurale ou au sein d’une grande ville, les enjeux sont les même… juste les paradigmes changent.

Un des plus gros challenges en tant qu’artiste est le regard de la société…

Comment nous les considérons et les accompagnons… leur statut précaire… le manque d’aides…

Et puis c’est difficile de faire comprendre qu’être artiste est un vrai métier et pas un simple hobby. Au regard de la société ce n’est pas un métier traductible en terme économique et d’hyper-rentabilité.

L’artiste représente la liberté, un esprit critique… c’est un peu une figure à « éliminer », nuisible au capitalisme. Cette idée porte préjudice au métier d’artiste.

C’est extrêmement difficile de commencer petit avec cette pression de la rentabilité. Et la question récurrente « mais est-ce que tu en vie ? » pèse lourd sur les épaules.



En tant qu’association, pour vous c’est important de continuer de représenter l’art contemporain en milieu rural ? Et quelle vision portez-vous sur l’avenir et la jeune génération d’artistes ? 

Oui, très important. Nous pensons que notre travail est primordial pour continuer de mettre en lumière l’art dans cette région et au sein d’une population isolée de la culture.

Et malgré ce portrait sombre qu’on vient de présenter, le jeu en vaut la chandelle. Les artistes arrivent à vivre, avancer, briller. Il ne faut pas les sous-estimer. De belles choses se font et continueront de se faire.



Pour vous, c’est important la collaboration et l’échange entre artistes ?

De plus en plus de collectifs d’artistes se créent avec cette envie de faire des projets en commun. Cela leur donne plus de force et de poids.

La mise en réseau et la collaboration est très importante.



Arrivez-vous à sensibiliser le jeune public à cette exposition et à l’art en général ?

Nous avons créé un guide spécial pour les enfants qui a été adapté au fur et à mesure. C’est un guide ludique avec des jeux.

Nous avons pu constater que les visiteurs enfants étaient plutôt des -12 ans venus avec leurs parents plutôt que des adolescents.

La visite pour les enfants est très différente que celle pour les adultes. Les enfants ne vont pas voir les mêmes choses dans les œuvres, ils vont s’attarder sur des choses bien différentes.

Pour pousser encore plus loin la sensibilisation du jeune public, nous avons mis en place des stages et des ateliers de pratiques artistiques. Malheureusement, cela a été un réel échec pour nous. Il n’y a pas eu beaucoup d’inscrits.

C’étaient des ateliers menés entièrement par des bénévoles. Nous avions communiqué dessus dès le mois d’avril, en amont de l’expo.

Nous n’avons pas encore le recul nécessaire pour comprendre le manque de participation, mais nous savons qu’il y a des idées préconçues des parents sur ce type d’atelier d’été. Une représentation de quelque chose de trop académique, proche d’une activité scolaire et loin du ludique.

On nous avait proposé de faire venir les enfants des centres sociaux de Saint-Dié-des-Vosges, mais notre volonté est aussi de sensibiliser les enfants ici, en milieu rural. Ceux qui sont très isolés de la culture, loin de toutes ces pratiques. Comment chercher les enfants d’ici ?

Nous n’avons pas réussi à toucher le grand public pour inciter les parents à inscrire leurs enfants. C’est un échec, mais nous allons nous améliorer pour l’édition suivante.

Il faut de la médiation en permanence sur le terrain… et à nous d’imaginer les outils pour les faire venir.

Nous envisageons la professionnalisation de notre association avec le recrutement d’un(e) chargé(e) de mission et de médiation. Nous avons aussi l’arrivée d’un nouveau directeur artistique. Cela ne sera que bénéfique à nos actions culturelles et nos objectifs.

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Pour plus d'informations sur l'association HELICOOP 

Site web : http://www.helicoop.fr/
Page Facebook : https://www.facebook.com/helicoopasseurs/
Profil Culture C Nous 

L'exposition "Habiter le Monde" continue jusqu'au 22 septembre 2019.
N'hésitez pas à aller y jeter un coup d'oeil !

 

Crédits photos : ©CD88/MurielleEghtesad

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