Interview de l'artiste SETOU pour l'exposition "Laissez parler les images"

Setou
Culture C Nous a interviewé l'artiste Setou dans le cadre de l'exposition "Laissez parler les images" qui se tient au Conseil départemental des Vosges jusqu'au 7 février 2020. Zoom sur cette artiste poète et sa "tribu d'images".

 

Rencontre avec l'artiste Setou (Sylvie Maison)

Setou

 

Afin de soutenir la création artistique sur le territoire des Vosges, le Conseil départemental des Vosges ouvre ses portes aux artistes locaux. Quatre artistes ont été sélectionnés par un jury parmi 14 candidats. Setou est la 1ère artiste qui exposera ses oeuvres durant 3 mois. Elle sera suivi par 3 autres artistes vosgiens courant 2020. 

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Discours de François Vannson, Président du Conseil départemental des Vosges

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Pouvez-vous nous retracer un peu votre parcours d’artiste ?
J’ai eu envie de regarder là où on ne regarde pas.

J’ai fait une formation beaux-arts dans le Nord, plus précisément à Tourcoing, cependant ce n’est pas l’école qui rend artiste.

Mon parcours d’artiste se mélange à mon parcours d’existence. Mon art a grandi en Afrique de l’Ouest où j’ai vécu une dizaine d’années, plus précisément à Dakar au Sénégal. Cet éloignement de la France, cette immersion dans une culture nouvelle, m’a permis un cheminement vers la réappropriation de mes propres racines.

J’ai vécu une forme de métissage culturel, j’ai été saisie par la spiritualité et le côté mystique de l’Afrique noire. Ce vécu m’a permis d’opérer une forme de lâcher-prise par rapport aux contingences du quotidien occidental. Cela m’a aidé à m’assumer en tant qu’artiste, peintre et performeuse et à donner un sens à ma quête d’expression.

Avant le Sénégal, j’ai commencé mes 1ères expositions collectives à Paris. J’étais tellement timide, je me cachais souvent devant la presse. Pour la petite anecdote, un journaliste a pensé au début que j’étais un homme jeune, africain. Et ce même journaliste, étonné de rencontrer une jeune femme française, a pensé que j’avais vécu en Afrique. Lorsque je lui ai répondu que je n’y ai jamais mis les pieds, il m’a conseillé de m’y rendre.

Je suis donc partie une 1ère fois à Dakar où j’ai découvert le Village des Arts, un espace dédié à l’art contemporain où une cinquantaine d’artistes occupent leurs ateliers.

J’ai pu dans la foulée faire 2 résidences d’artistes dans ce lieu de création et par la suite j’ai décidé de fonder une association en France qui a permis à quelques jeunes artistes émergents sénégalais de réaliser des résidences d’artistes de 3 mois (2 mois de création, 1 mois d’exposition). A ce titre, j’ai été soutenue par le Conseil départemental des Vosges à l’occasion des 4 résidences qui ont eu lieu, ainsi que par le Ministère de la Culture du Sénégal.

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Quels sont les artistes d’hier et d’aujourd’hui qui vous ont inspiré tout au long de votre parcours ?
 
Il y en a tellement.
Par exemple, Jean-Michel Basquiat, Francis Bacon, Marc Chagall, Henri Matisse, …
Et puis certains artistes conceptuels qui ont travaillé avec leurs corps.



Quel est le point de départ d’un tableau, la genèse d’une œuvre (une image, un rêve, un souvenir, une émotion, une souffrance, le hasard, un mélange de plusieurs choses, …) ?
Oui, c’est un mélange de tout ça…
Selon moi, l’artiste est une éponge. Sa vision se doit d’être en quelque sorte circulaire. En ce qui me concerne, je parle d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Je suis à la fois à l’intérieur et à l’extérieur. Il y a à la fois quelque chose d’organique, d’intellectuel et de spirituel. 

Au final, il en résulte des histoires, des sortes de légendes contemporaines ; je tente de sortir de l’évidence tangible.

J’essaie de proposer une vision onirique d’un quotidien transgressé, dans cette démarche je souhaite rester figurative afin de demeurer accessible.

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On respire la culture africaine dans vos peintures. Votre « tribu d’images » comme vous nommez vos œuvres, est-elle un cri d’amour pour l’Afrique qui vous manque ? Un reflet de son absence et un rappel que vous êtes toujours auprès d’elle ?
Non, pas forcément… Il y a une déchirure en moi entre deux mondes, à savoir l’Occident et l’Orient, et paradoxalement cette fracture devient un outil de création, où l’Afrique est bien sûr très présente et m’habite.

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Il y a un rapport unique avec la couleur… Dans vous tableaux, on découvre des couleurs chatoyantes, à la limite de la saturation avec une intensité lumineuse et des couleurs pures. Pourquoi ce choix chromatique ? 
Ce n’est pas un choix. Sur cette exposition je propose des œuvres issues de mes 3 dernières collections. La plus ancienne avec des couleurs quasi primaires, les peintures datant de 2018 avec beaucoup plus de couleurs et les plus récentes de 2019 beaucoup plus chargées avec des œuvres plus en texture et moins lisses.

Le rouge est une couleur souvent prédominante dans mes peintures, peut-être est-ce parce que c’est une couleur proche de la vie, la couleur du sang. D’ailleurs j’ai travaillé avant avec du sang de bœuf, mais cela est interdit aujourd’hui.

J’ai accepté la couleur… je suis allée vers les couleurs. Je les veux violentes, fortes, contrastées.

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Le mouvement est là, présent. Nous spectateurs, on entre dans le mouvement, on suit les traits, les tracés du peintre, l’énergie du geste. Vous, l’artiste, tout votre être fond dans le décor, vos pensées circulent sur la toile. Puis ce mouvement constant entre Orient et Occident, cette déchirure sans cesse renouvelée. Comment crée-t-on ce mouvement… qu’est-ce qui se passe en vous ?
Je continue de décliner ma « tribu d’images », êtres réels et êtres inventés, ceux-ci s’imbriquent entre eux. Je leur donne une histoire, je raconte …

Et chaque personne regardant mes toiles pourra s’approprier un morceau d’histoire qui lui parlera d’avantage qu’un autre.

J’aime beaucoup travailler sur grand format qui nécessite une grande dépense d’énergie à la fois physique et mentale. C’est une sorte de combat avec la toile. D’où le fait que bien souvent j’ai voulu réaliser des performances où je mettais en scène mon propre corps comme ultime matériau de création.

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On ressent beaucoup de dualités… ou finalement d’harmonies… entre 2 choses opposées. Intérieur et extérieur, songe et réalité, homme et femme, le mystique et le quotidien, vie urbaine et nature/animaux, liberté et cadre, souffrance et espoir, … Vous pouvez nous en dire plus ?
 
En fait, j’aime le concept d’une sphère mouvante et vibratoire à l’intérieur de laquelle nous gravitons tous, parfois en paradoxes parfois en harmonies.

Il n’y a pas de juste milieu, de juste équilibre. Juste une infinitude de centres qui se déplacent à l’infini.

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Vous associez souvent mots et images. Pour vous, les mots sont une sorte de transcription de vos œuvres, un miroir ? Les mots sont au service de l’œuvre ?
Les mots viennent dans les moments de pause dans mon atelier et font partie intégrante de mon univers de création. 

Je ne raconte pas mes peintures avec mes mots… ce n’est pas une retranscription, j’ai l’idée en écrivant de permettre aux gens de rentrer davantage dans mon processus de création. Et les mots sont des images aussi.

J'essaie de livrer une explication poétique de mon travail avec les mots.

TEASER DE L'EXPOSITION "LAISSEZ PARLER LES IMAGES"





Travaillez-vous avec des publics différents dans le cadre d’ateliers de pratique artistique ? Et qu’avez-vous envie de transmettre ?
Oui. J’ai réalisé des ateliers pour des adultes (néophytes et personnes ayant déjà une pratique artistique).

J’aime travailler avec des publics singuliers (les malades mentaux, les handicapés mentaux, les malentendants, … ).

J’ai notamment aimé réaliser une installation artistique avec des personnes du spectre autistique dans laquelle j'ai mis un parallèle entre l’enfermement mental de l’artiste en processus de création et l’enfermement mental des personnes handicapées. La communication entre le langage de l’artiste et le langage de ces personnes fût très fluide. Et de cette rencontre naissait une sorte de « porte de sortie ». 

Il était très important d’être extrêmement naturelle pour ce type d’échange.



Quels sont vos futurs projets artistiques (d’autres expositions, des performances, de nouvelles créations) ? 
Bien sûr, l’envie de créer est bien présente. Bien que je travaille 365 jours dans ma tête, j’ai besoin pour créer de ne pas être parasitée par le quotidien, de m’extraire d’une forme de réalité. Je travaille donc par sessions.

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L'exposition "Laissez parler les images jusqu'au 7 février 2020, du lundi au vendredi de 9 h à 12 h et de 14 h à 16 h 30 en accès libre.


Pour plus d'informations sur l’exposition « Laissez parler les images » et l’artiste Setou :
Facebook : @setousetou

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Crédits photos : ©CD88//JoëlleLaurençon et ©CD88//MurielleEghtesad

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